Analyse: l’impact économique des mesures de confinement a été grandement exagéré

Au début de  la crise sanitaire, les gens ont  repoussé leurs voyages, certes, mais ils ont  également évité autant  que possible  le centre-ville, les commerces, les restaurants et autres  endroits  où ils auraient pu contracter  la COVID-19.
Ryan Remiorz La Presse canadienne Au début de la crise sanitaire, les gens ont repoussé leurs voyages, certes, mais ils ont également évité autant que possible le centre-ville, les commerces, les restaurants et autres endroits où ils auraient pu contracter la COVID-19.

Les règles de confinement et autres mesures de protection des gouvernements contre la COVID-19 n’infligent pas autant de dommages économiques que l’on dit. En fait, elles les réduisent même plus elles sont strictes et imposées tôt. Cela signifie que le gros de l’impact de la pandémie vient d’ailleurs et que les effets de cette dernière ne finiront par disparaître qu’avec elle.

Depuis l’entrée en scène du nouveau coronavirus, les pouvoirs publics soupèsent sans cesse le meilleur moyen de freiner sa progression sans trop plomber l’activité économique. Au terme de mois d’interdiction des voyages internationaux et des grands rassemblements publics, de fermeture des commerces, des écoles et des bureaux, et même, parfois, de mesures de confinement à la maison, la plupart des gens seraient probablement portés à conclure qu’on a choisi de privilégier la lutte contre la maladie au prix de la pire récession économique depuis la Grande Dépression. Or, ces gens auraient tort, conclut le Fonds monétaire international (FMI) dans une analyse dévoilée jeudi. Ou du moins, pas tout à fait raison.

Se basant sur des données quotidiennes sur les déplacements des populations et les offres d’emploi, les chercheurs du FMI ont constaté que ces outils de lutte publique contre la COVID-19 n’ont globalement compté que pour la moitié de la diminution de l’activité économique, voire pour un peu plus de 40 % seulement dans les pays industrialisés, où une plus forte proportion de la population a accès au télétravail ainsi qu’à des économies personnelles ou un filet social leur permettant plus facilement de faire le choix de rester à la maison.

Parce que voilà. Pour plus de la moitié du ralentissement économique durant les trois premiers mois de la pandémie dans les pays riches, l’effondrement de l’activité économique n’a pas été le fait des gouvernements, mais le résultat des décisions individuelles des citoyens de repousser le voyage qu’ils avaient prévu, de ne pas aller au restaurant pendant un temps, d’éviter autant que possible les commerces et le centre-ville, bref, de profiter de toutes les occasions offertes de rester chez soi de peur d’attraper ce terrible virus.

Le problème, c’est le virus

Cette constatation aide à comprendre pourquoi la reprise de l’activité économique est tellement molle lorsque les gouvernements assouplissent leurs restrictions, souligne le FMI. En fait, cela montre qu’on ne peut pas espérer de véritable retour à la normale économique tant que la menace de la COVID-19 ne sera pas levée.

 

Or, en attendant qu’un vaccin ou un traitement médical lui porte un coup fatal, le moyen le plus efficace pour endiguer la propagation du virus semble justement être les règles de confinement et de distanciation sociale des gouvernements, notamment lorsqu’elles sont musclées et mises en place le plus tôt possible, constatent nos chercheurs. Ainsi, non seulement ces mesures de lutte ne sont pas les seules responsables des effets économiques de la pandémie à court terme, mais elles se révèlent, probablement, les meilleurs moyens d’effacer au moins une partie de ces ravages en assurant les conditions d’une reprise économique à moyen et long terme. C’est le monde à l’envers.

Les victimes de la crise

Nos chercheurs ne savent pas encore si des moyens de lutte plus ciblés, comme des systèmes de tests et de recherche de contacts, l’imposition du port du masque, l’aide au télétravail, ou des règles de confinement plus localisées, peuvent être aussi efficaces tout en étant moins dommageables économiquement. Ils notent aussi au passage que leur étude ne tient pas compte d’autres conséquences négatives que peuvent avoir ces mesures de lutte, par exemple en matière de réussite scolaire ou de santé mentale.

Ce qu’ils savent toutefois, c’est que tous ne sont pas égaux devant la COVID-19, et que ses principales victimes économiques sont notamment les femmes, les jeunes, les travailleurs vulnérables, les membres des minorités et les immigrants. Et comme le coronavirus continuera de peser sur la croissance et l’emploi tant qu’il n’aura pas été vaincu, que des mesures de confinement et de distanciation sociale soient imposées ou non par les gouvernements, ces derniers se devront de continuer d’apporter de l’aide à ses victimes.