Le Canada doit tirer des leçons de la crise pour réduire les inégalités

Sauf exception, le bas du classement d’OXFAM est monopolisé par des pays en développement, notamment d’Afrique. Ici, un vendeur de rue offre des couvre-visages à Luanda, en Angola.
Osvaldo Silva Agence France-Presse Sauf exception, le bas du classement d’OXFAM est monopolisé par des pays en développement, notamment d’Afrique. Ici, un vendeur de rue offre des couvre-visages à Luanda, en Angola.

La plupart des pays sont entrés dans la crise de la COVID-19 mal armés pour contrer ses impacts en matière d’inégalités, rapporte OXFAM. Heureusement, le Canada était un peu mieux préparé que les autres et a su s’ajuster en route. Il est maintenant à espérer que tous en tireront des leçons.

Le Canada arrive au 6e rang sur 158 pays d’un classement qu’OXFAM doit dévoiler jeudi et qui a été établi en fonction de l’engagement à réduire les inégalités qu’ils affichaient avant la pandémie.

Basé notamment sur les services publics offerts en matière d’éducation, de santé et de protection sociale, ainsi que sur l’équité et la capacité redistributive de la fiscalité, de même que sur les droits du travail, le palmarès donne les premières places à la Norvège, au Danemark et à l’Allemagne, la France arrivant tout juste derrière le Canada, à la 7e place, alors que le Japon (15e), le Royaume-Uni (22e), les États-Unis (26e) ou la Chine (57e) suivent plus loin derrière. Le Canada s’est particulièrement démarqué en matière de protection sociale, notamment avec son système de santé, et en dépit d’un programme d’assurance-emploi qui ne bénéficie normalement même pas à la moitié des travailleurs qui perdent leur emploi, observe Anne Duhamel, directrice des politiques et campagnes d’Oxfam-Québec.

Le Canada a toutefois vite compris que son filet social n’allait pas suffire pour répondre à la crise déclenchée par la COVID-19. Il a rapidement adopté une série de mesures d’urgence qui ont élargi la portée et l’importance de ses programmes de protection sociale.

Un guide pour des réformes à venir

Ce besoin d’adopter des correctifs en catastrophe de même que l’impact disproportionné que la pandémie a eu, par exemple, sur les femmes, les travailleurs vulnérables et les jeunes sont « un signal d’alarme » montrant les lacunes des mécanismes de protection sociale en place, estime Anne Duhamel.

Ils devraient servir de guide à des réformes à venir. Le Canada n’a pas été le seul à relever le niveau de son jeu durant la crise, note OXFAM.

Les pays qui disposaient déjà des meilleurs mécanismes pour réduire les inégalités ont aussi été ceux qui ont apporté la « réponse la plus globale à la pandémie avec de fortes augmentations des dépenses de santé et de protection sociale ainsi qu’une plus grande protection des travailleurs », dit son rapport.

Si bon nombre de ces réponses étaient temporaires, elles ont montré « aux citoyens du monde entier que leurs gouvernements doivent redoubler d’efforts pour les protéger » et donnent « une bonne idée de ce qui est possible ».

Toutefois, la pandémie a également montré que tous les pays n’étaient pas égaux en matière de capacité de lutte contre les inégalités. Sauf exception, le bas du classement d’OXFAM est monopolisé par des pays en développement, notamment d’Afrique.

Disposant d’un État providence bien étriqué au moment où la crise de la COVID-19 a éclaté, la plupart de ces pays n’avaient pas les moyens de déployer une aide d’urgence conséquente.

L’extrême pauvreté repartie à la hausse

Les dommages économiques infligés par la pandémie de COVID-19 s’annoncent d’ailleurs particulièrement grands pour les plus pauvres des plus pauvres de la planète, a prévenu mercredi un rapport de la Banque mondiale.

L’institution internationale s’attend en effet à ce qu’on assiste à une première augmentation du taux mondial d’extrême pauvreté en plus de vingt ans.

Entre 88 et 115 millions de personnes risquent ainsi d’aller rejoindre, cette année, ceux qui doivent essayer de survivre avec moins de 1,90 $ par jour, et le nombre de ces nouveaux infortunés pourrait être porté à 155 millions l’an prochain.

N’eût été les bouleversements provoqués par la pandémie, la proportion de personnes se trouvant dans cette pauvreté extrême aurait normalement été de 7,2 % de la population mondiale cette année, mais elle sera vraisemblablement plutôt de 9,1 % à 9,4 %.

Conflits et dérèglements climatiques

S’ajoutant aux ravages déjà causés par les conflits et les dérèglements climatiques, ce coup dur vient renverser une tendance positive qui s’essoufflait depuis quelques années, mais qui avait permis de réduire le taux de pauvreté mondiale d’un point de pourcentage par année entre 1990 et 2015.

Si moins d’un dixième de la population mondiale vit avec moins de 1,90 $ par jour, près d’un quart doit se débrouiller sous le seuil de 3,20 $ et plus de 40 % avec moins de 5,50 $ par jour (1980 $ par année).

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