Photo: iStock «C’est une crise particulière, la COVID, les gens ont envie d’aider», note Daniel Asselin, président de la firme d’experts-conseils en philanthropie Épisode.

Près d’un Québécois sur deux a fait un don en 2020

Leïla Jolin-Dahel Collaboration spéciale
«C’est une crise particulière, la COVID, les gens ont envie d’aider», note Daniel Asselin, président de la firme d’experts-conseils en philanthropie Épisode.
Photo: iStock «C’est une crise particulière, la COVID, les gens ont envie d’aider», note Daniel Asselin, président de la firme d’experts-conseils en philanthropie Épisode.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Malgré la pandémie, près d’un Québécois sur deux a soutenu un organisme de bienfaisance depuis janvier, révèle une vaste étude commandée par la firme d’experts-conseils en philanthropie Épisode, dont Le Devoir a pu consulter en exclusivité les faits saillants.

Les données complètes de l’Étude sur les tendances en philanthropie au Québec, qui seront présentées le 14 octobre prochain, sont les résultats de trois sondages menés au plus fort de la première vague par la firme Léger Marketing, au printemps dernier, avec plusieurs partenaires, dont Le Devoir. Le premier d’entre eux s’est penché sur les dons faits par les particuliers à travers le Canada, tandis que les deux autres ont sondé les PME et les grandes entreprises du Québec.

Un total de 46 % de Québécois ont donné en moyenne 226 $ en 2020, une baisse de 9 % par rapport à il y a deux ans. Les chiffres montrent également que les donateurs sont plus nombreux parmi les personnes âgées (75 ans et plus) et les baby-boomers (55-74 ans), avec des proportions respectives de 61 % et de 52 %, pour des dons dont la moyenne se situe entre 284 $ et 391 $. « Les [personnes] matures et les boomers ne comptent pas nécessairement descendre leurs dons en temps de COVID et même après », souligne Daniel Asselin, président de la firme Épisode, qui a sondé environ 2500 individus au Québec.

Les gens des générations X (40-54 ans), Y (24-39 ans) et Z (23 ans et moins), plus touchés sur le plan financier par la pandémie, sont quant à eux moins nombreux à faire un don, avec des proportions variant entre 39 % et 41 %, pour un don moyen allant de 99 $ à 199 $. « Ce sont eux qui perdent leur job, malheureusement », constate M. Asselin.

Il observe néanmoins que la pandémie n’engendrera pas de baisse « trop importante » des dons individuels cette année, les plus jeunes générations n’étant pas celles qui contribuent habituellement le plus à l’enveloppe philanthropique. Il évalue tout de même une perte d’environ 200 millions de dollars dans l’assiette totale de dons au Québec cette année, sur les 3 milliards habituellement recueillis en moyenne.

L’étude révèle également que les entreprises, dont les plus grandes comptent pour 25 % de l’assiette philanthropique de la province, ont momentanément transféré leurs dons vers des secteurs plus touchés par la pandémie, notamment les banques alimentaires, les organismes en santé mentale et les services aux personnes âgées, explique M. Asselin. « Pour toutes les populations qui étaient plus vulnérables, les grandes entreprises ont ouvert un peu plus leur budget », note-t-il, ajoutant observer un retour graduel à la normale.

Une crise pas comme les autres

Avec la pandémie, la reprise dans le milieu philanthropique se fait plus rapidement que lors des crises économiques qui se sont produites depuis 1980, constate M. Asselin. « Ceux qui prennent du mieux reviennent rapidement dans le marché et à leurs dons. On ne voyait pas ça en situation de crise économique », soulève-t-il. « C’est une crise particulière, la COVID, les gens ont envie d’aider », poursuit-il, observant une accélération de la sensibilisation de la population envers le milieu caritatif.

M. Asselin prévoit que le retour de certains donateurs ne suffira toutefois pas à éponger les pertes du marché. Il estime que, même avec l’arrivée d’un vaccin ou la possibilité d’organiser à nouveau des rassemblements de groupes, certaines activités caritatives pourraient ne pas trouver preneur.

Il prédit une certaine prudence chez les donateurs, notamment les baby-boomers et les personnes plus âgées, quant à la quantité d’événements caritatifs auxquels ils choisiront d’assister, notamment en raison de la crainte d’une autre crise. « Est-ce qu’ils vont transformer tous leurs dons qu’ils donnaient dans l’événementiel pour faire quand même des chèques aux organismes ? Moi, j’en doute fortement », croit-il.

2021, une année plus difficile

La pandémie n’a causé qu’un « petit ralentissement » en 2020, selon M. Asselin. « On disait “toute l’année 2020 va être difficile”, mais l’économie artificiellement tenue par les gouvernements a fait en sorte que les dons sont restés », constate-t-il. Il prévient néanmoins que « ça va faire plus mal en 2021 ».

Même s’il prévoit que les grandes entreprises et les particuliers seront toujours au rendez-vous, M. Asselin prédit une perte variant entre 300 et 400 millions de dollars l’an prochain, notamment en raison de PME qui vont grandement réduire leur budget de dons, à la suite de l’annulation d’événements caritatifs. « Ces gens-là assistaient à beaucoup d’événements. Les habitudes de donateurs de PME, ce sont des petits dons d’entreprises, mais aussi des dons en présentiel, dans un événement caritatif pour une cause de leur choix », illustre-t-il.

M. Asselin croit également que la « compétition [sera] encore plus forte » entre les organismes. « Le gros enjeu, c’est qu’est-ce qu’on fait avec tous les événements caritatifs si on n’est pas capables de les faire en présentiel ? », souligne-t-il

« Tout le monde transforme ses activités en activités virtuelles. Mais la philanthropie, à la base, c’est un contact humain avec un autre humain », croit-il, estimant que les activités virtuelles comme les encans, les soupers-bénéfice et les cocktails, entre autres, ne réussiront pas à générer autant de dons que les activités habituelles à long terme.

« Il faut arrêter d’avoir la pensée magique : “mon gala, je le fais de façon virtuelle, je ramassais 250 000 $ et je vais ramasser la même chose”. Les gens sont tous un peu dans ce modus operandi là en ce moment. Nous, on est certains que ça ne tiendra pas la route pour tout le monde », dit-il.

Les pertes pourraient cependant être moindres si les donateurs plus âgés décident de faire plus de dons individuels ou de legs testamentaires. « Ça pourrait venir changer l’équation, mais ça ne compensera pas pour 400 millions de perte en 2021 », prédit-il.