Bons salaires, grandes responsabilités

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Un salaire attractif demeure par un incontournable pour conserver ses employés, surtout les plus jeunes.
Photo: This is Engineering / Unsplash Un salaire attractif demeure par un incontournable pour conserver ses employés, surtout les plus jeunes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Génie québécois

Le salaire moyen des ingénieurs a augmenté en 2019, mais une récente étude de Genium360 montre que bien d’autres facteurs ont une incidence sur leur bonheur au travail. Ils se disent aussi à la recherche de défis à la hauteur de leur potentiel.

Le salaire annuel moyen des ingénieurs a bondi de 3,26 % entre 2018 et 2019,pour s’établir à 104 085 $, révèle l’enquête de Genium360. Elle a été réalisée auprès de 3935 professionnels et de 164 entreprises du génie, interrogés en mars et en avril 2020. Le salaire moyen des femmes restait inférieur de près de 12 000 $ à celui des hommes. Cependant, les jeunes ingénieures qui pratiquaient depuis moins de cinq ans touchaient un salaire moyen plus élevé que celui de leurs collègues masculins.

Un salaire attractif demeure par ailleurs un incontournable pour conserver ses employés, surtout les plus jeunes. Questionnés quant à savoir ce qu’un employeur pourrait faire pour les rendre plus heureux, 57 % des répondants ont mentionné la rémunération. Cette proportion grimpe à 60 % chez les 35-44 ans et à 68 % parmi les 18-34 ans.

« C’est sûr que c’est important, admet l’ingénieur débutant Jean-François Thibault, âgé de 29 ans. Une petite différence ne vous fera pas quitter une entreprise que vous aimez, mais un écart plus marqué pourrait provoquer cet effet. »

Les plus jeunes se disent très sensibles aussi au nombre de jours de vacances et de congé, à la formation et au développement des compétences ainsi qu’aux possibilités d’avancement professionnel. « Ce qui me motive, c’est de relever des défis et de participer à des projets stimulants et formateurs, confie M. Thibault. Mon employeur actuel a pris le temps de comprendre qui je suis et où je veux aller, et de planifier ma progression. C’est très important pour moi. »

Dans l’étude de Genium360, la recherche de nouveaux défis se classe d’ailleurs devant les attentes salariales comme raison de changer ou de songer à changer d’emploi (43 % contre 37 %). Suivent les possibilités d’avancement (32 %) et le manque de valorisation (29 %). Au total, neuf ingénieurs sur dix se disaient satisfaits de leur employeur actuel.

Pénurie et pandémie

Chez les 1528 répondants dont l’entreprise souffrait de la pénurie de main-d’œuvre, 70 % ont affirmé que cela se traduisait par une surcharge de travail et la moitié déplorait des retards dans les livrables. Mais cela rend aussi les ingénieurs très recherchés sur le marché du travail. « Même pendant la pandémie, j’aurais pu changer d’emploi et toucher un plus gros salaire, il y a beaucoup de demande », confie l’ingénieur électrique Geoffroy Roblot.

Les employeurs qui cherchent à pourvoir des postes ont tout intérêt à se tourner vers les réseaux sociaux. Les trois quarts des répondants de 18-34 ans, les deux tiers des 35-44 ans et plus de la moitié des 45-54 ans ont mentionné que cela constituait une bonne manière d’attirer leur attention. Le référencement externe ou interne et le bouche-à-oreille arrivent aux 2e et 3e rangs des moyens de recrutement les plus populaires chez les ingénieurs. Les cabinets de recrutement sont davantage prisés par les ingénieurs de plus de 45 ans. Il faut dire que plusieurs d’entre eux se spécialisent dans l’embauche de cadres ou de professionnels très expérimentés.

La COVID-19 s’est bien sûr fait sentir dans cette profession au cours des derniers mois. Elle a même lancé la carrière de M. Roblot sur une toute nouvelle voie. Entré dans une entreprise en janvier 2020, il a d’abord été mis à pied début avril, dans la foulée de l’éclosion de la pandémie au Québec. L’ingénieur de 36 ans a été rappelé deux semaines plus tard, pour travailler à la conception d’un équipement médical. « C’est un projet très stimulant, sur lequel l’entreprise compte beaucoup, c’est donc devenu une belle occasion pour moi », se réjouit-il.

Les deux ingénieurs préviennent toutefois les jeunes diplômés que la réalité du travail pourrait différer de leurs rêves d’étudiants. Pour M. Roblot, la principale différence vient du fait que, dans les grandes firmes, on doit patienter avant d’obtenir des responsabilités. M. Thibault admet de son côté avoir été surpris par le côté administratif du travail en entreprise. « Les programmes de génie électrique nous forment très bien sur le plan technique, mais ils auraient peut-être avantage à inclure un peu plus de formation sur la gestion et d’autres aspects du travail en cabinet ou en entreprise », estime-t-il.

104 085 $

C’est le salaire moyen d’un ingénieur (+ 3,26 % sur un an). 

Les femmes touchent en moyenne 94 098 $, contre 105 925 $ pour les hommes.

Le secteur privé offre 103 506 $ environ, contre 106 332 $ dans le secteur public. 

Le salaire moyen pour les finissants en génie s’élève à 61 851 $.