La grève est déclenchée à l'aluminerie Alcoa de Bécancour

Les quelque 800 Métallos de l'aluminerie d'Alcoa à Bécancour ont finalement mis à exécution leur menace de grève après le rejet massif des dernières offres patronales, une centaine d'entre eux dressant des piquets hier sans toutefois bloquer le passage aux autres employés de l'usine.

La société de Pittsburgh, premier producteur mondial d'aluminium, tentait cependant de maintenir la production grâce à une centaine de cadres mais s'attendait déjà hier à devoir fermer une des trois séries de cuves d'ici le week-end.

Ayant rejeté mercredi matin les offres patronales pour une deuxième fois en une semaine, les employés ont par la suite quitté l'aluminerie tard en soirée. Les deux parties ne prévoyaient hier soir aucune nouvelle séance de négociations. C'est dans une proportion de 88 % que les employés ont refusé les dernières offres patronales, insatisfaits des clauses sur l'organisation du travail, la sous-traitance, le régime de retraite et certains aspects salariaux.

«Nous n'avons eu aucun signe de la partie patronale quant à un rapprochement de nos positions», a indiqué au Devoir Clément Masse, le président du Syndicat des employés de l'aluminerie de Bécancour, affilié au Syndicat des métallos (FTQ). «Pour retourner à la table des négociations, ça prendrait du mouvement sur les points en litige. On attend.»

Cette proposition patronale tablait entre autres sur une augmentation salariale de 11,3 % sur quatre ans.

«Nos offres ne justifient pas le déclenchement d'une grève, a indiqué le président-directeur général de l'usine, Louis-Régis Tremblay. Elles sont raisonnables. [...] La société est disposée à collaborer avec le syndicat dans le but d'en arriver à une solution au conflit, mais les conditions de base resteront inchangées.»

«L'écart entre ce qu'on a offert et ce qui nous a été demandé par le syndicat mercredi, sur quatre ans, nous évaluons ça à plusieurs dizaines de millions de dollars», a dit M. Tremblay au Devoir.



Maintenir la production

Quant à l'éventuel redémarrage d'une série de cuves, la direction de l'usine lançait hier un avertissement. «Ça prend des mois à redémarrer une série d'électrolyse, a dit M. Tremblay. Il n'y aurait pas de travail pour tout le monde dès le départ.»

L'usine, qui produit annuellement 400 000 tonnes métriques d'aluminium sous diverses formes, est détenue à 75 % par Alcoa, dont la capacité mondiale est d'environ quatre millions de tonnes, et à 25 % par son rival Alcan.

«Je n'ai pas l'impression qu'ils seront capables de produire suffisamment pour maintenir un roulement au niveau des expéditions», a dit M. Masse. Le syndicat pourrait-il bloquer le mouvement des camions? «S'il y en a, nous analyserons la situation au fur et à mesure», a-t-il poursuivi en affirmant que la grève durerait «aussi longtemps que possible».

De son côté, Alcan affirme que le conflit ne pose aucun problème pour l'instant. «Nous espérons que les deux parties vont régler leur conflit aussitôt que possible», a dit le porte-parole de la compagnie montréalaise, Joseph Singerman.

Les Métallos disent avoir reçu l'appui du syndicat des employés de l'aluminerie d'Alcoa à Baie-Comeau (affilié à la CSN), de même que de la part du syndicat des Métallos américains.

La convention collective est échue depuis le 30 juin, mais les premières séances de pourparlers ont eu lieu dès avril. Une trentaine de réunions ont eu lieu, la plupart du temps en compagnie d'un conciliateur. En 18 ans d'activité, l'usine n'a jamais connu d'arrêt de travail.

L'action d'Alcoa, qui compte 6000 employés dans tout le Canada, a terminé la journée sur un recul de 0,7 %, perdant 22 ¢ à 32,55 $US à la Bourse de New York.

La compagnie a rapporté mercredi une hausse considérable de ses résultats au deuxième trimestre, lequel s'est soldé par un bond de 87 % de ses profits nets à 404 millions $US, comparativement à 216 millions l'an dernier à pareille date.