Le Fonds de solidarité FTQ se pose en acteur de la relance économique

Même s’il reconnaît que la pandémie  a « provoqué beaucoup de drames humains et engendré un lourd endettement collectif », le président et chef de la direction du Fonds  de solidarité FTQ, Gaétan  Morin insiste pour dire  qu’« il y a  espoir ».
Marie-France Coallier Archives Le Devoir Même s’il reconnaît que la pandémie a « provoqué beaucoup de drames humains et engendré un lourd endettement collectif », le président et chef de la direction du Fonds de solidarité FTQ, Gaétan Morin insiste pour dire qu’« il y a espoir ».

Le Fonds de solidarité FTQ s’engage dans la relance économique, en ayant comme thème « S’investir pour une meilleure société ». « Nous avons la capacité ; nous avons le devoir d’être un investisseur d’impact. Et c’est ce qu’on va faire », annonce son président et chef de la direction, Gaétan Morin.

Le Fonds de solidarité tient samedi son assemblée générale annuelle sur le Web, COVID-19 oblige. « Être devant une lentille de caméra plutôt que devant 500 ou 600 actionnaires, ce n’est pas la même dynamique, mais je vais avoir l’énergie pour le faire », affirme Gaétan Morin. Ce dernier reviendra sur les faits saillants d’un exercice financier clos le 31 mai marqué par la cassure de l’économie en mars. « Ce fut une année à deux grands moments », soit un premier semestre dominé par une croissance tournant à plein régime et un deuxième frappé de plein fouet par la mise en pause de pans complets de l’économie. « À l’image de ce que fut l’exercice, le Fonds était présent lorsque les choses allaient bien ; il était également présent lorsque ça allait moins bien. »

Un exercice qui a démontré une fois de plus toute la pertinence de l’institution. « Nous étions là, sur le terrain, auprès de nos entreprises partenaires. Et nous étions là, également, pour nos épargnants. » Gaétan Morin fait, ici, référence aux demandes de rachat de trois milliards de dollars qu’a gérées l’organisation. « Le Fonds a pu répondre aux besoins de ses épargnants dans des moments difficiles », s’est-il félicité.

Nous disposons aujourd’hui de connaissances de loin supérieures du virus, du confinement. S’il y a une deuxième vague, nous serons beaucoup moins dans de l’inattendu.

 

L’exercice clos le 31 mai s’est terminé avec un rendement annuel de 0,8 % refroidi par la performance négative de 4,2 % comptabilisée au deuxième semestre. La valeur de l’action a donc progressé de 34 cents, à 44,24 $ entre les deux exercices, malgré un recul de 1,96 $ par rapport à la valeur au 31 décembre. « Notre bilan de l’exercice est solide, à tous les niveaux. » Gaétan Morin rappelle que le Fonds affichait un bénéfice net de 840 millions au premier semestre, ramené à 230 millions sous les effets de la pandémie. Le fonds fiscalisé a également investi 1,4 milliard dans l’économie québécoise, soit 40 % de plus que la cible planifiée, et accueilli 46 000 nouveaux actionnaires, dont 61 % âgés de moins de 40 ans, portant à 707 935 le nombre d’actionnaires. Quant à l’actif net, de 13,8 milliards au 31 mai, son repli plombé par les rachats a été atténué par l’effet combiné du bénéfice net et de l’émission de 961 millions de dollars en actions.

Place à la relance économique

Après ce bref retour sur un exercice financier bigarré, le président du Fonds parle de relance et de reprise économiques. Une reprise déjà engagée, mais encore fragile et confrontée à de grandes incertitudes automnales. Il l’observe, l’entend sur le terrain. Dans le contexte de la crise sanitaire, quelque 1300 des 3329 entreprises partenaires se sont prévalues de l’offre de l’organisation de reporter de six mois le paiement de leur prêt. Au terme de ce moratoire, elles ne sont plus qu’une très faible minorité à manifester le besoin d’un deuxième moratoire. Il évoque également que l’augmentation des emplois des derniers mois équivaut à plus des deux tiers des 820 500 emplois perdus entre février et avril, l’emploi revenant à 94,4 % de son niveau observé avant la COVID-19. « Ça peut démontrer la vigueur de la reprise que nous observons depuis mai. »

Gaétan Morin cite les dernières prévisions du Mouvement Desjardins. Les économistes de l’institution coopérative écrivent que certains indicateurs économiques ont presque rejoint leur niveau prépandémie. Mais ils ajoutent que la récupération complète du PIB réel devrait toutefois être lente. Après avoir chuté de 6,1 % cette année en raison des mauvais résultats du printemps, le PIB réel augmentera de 5,1 % en 2021. « N’empêche, nous aurons alors récupéré plus de 80 % de ce qu’on a perdu » retient-il. Il maintient son scénario le plus probable d’une reprise en U avec un retour au niveau prépandémie en 2022.

« Cette crise sanitaire a provoqué beaucoup de drames humains et engendré un lourd endettement collectif. Certes, nous sommes encore dans le brouillard et de nombreux risques ou inconnues persistent. Mais il y a espoir. Nous disposons aujourd’hui de connaissances de loin supérieures du virus, du confinement. S’il y a une deuxième vague, nous serons beaucoup moins dans de l’inattendu. »

Dans son scénario du pire, le président du Fonds reprend le constat du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, qui disait cette semaine que, sur le plan économique, un reconfinement serait un désastre. Un scénario qui, faut-il espérer, n’arrivera pas. « Nous avons appris. Nous avons aujourd’hui de plus grandes connaissances et nous avons su nous adapter rapidement, à mieux travailler sous des conditions pandémiques. »

Sans compter les plans de relance des gouvernements. Des plans qui, se réjouit-il, accordent une part importante au « verdissement » de l’économie. Gaétan Morin cite ceux de l’Allemagne et de la France, dont le tiers des engagements porte sur la transition énergétique ou sur les technologies vertes. « Le coronavirus est un événement inattendu. Le réchauffement climatique, lui, est insidieux. Il faut transformer cela en occasion. »


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