Analyse: pénible retour en forme de l'économie

Moins de consommation veut dire moins de production et moins d’emplois. 
Photo: Juan Monino Getty Images Moins de consommation veut dire moins de production et moins d’emplois. 

L’OCDE et la Réserve fédérale ont tenu le même discours mercredi. La contraction de 2020 s’annonce moins importante qu’appréhendé, mais la récupération économique de la pandémie sera plus lente et probablement plus pénible qu’anticipé. Les gouvernements devront maintenir leur soutien au-delà de 2020.

Avant le discours du président de la Fed, l’économiste en chef de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) évoquait déjà une longue convalescence pour l’économie mondiale.

Les chiffres avancés provoquaient le vertige. Entre la fin 2019 et la fin 2021, l’économie mondiale pourrait avoir perdu 7000 milliards de dollars, « soit le PIB cumulé de l’Allemagne et de la France ». Un manque à gagner pouvant être abaissé à 4000 milliards dans le meilleur scénario d’évolution du virus, poussé à 11 000 milliards dans le pire scénario.

Confiance ébranlée

Laurence Boone table sur un plongeon de l’économie mondiale moins profond que prévu en 2020, à 4,5 % contre une cible de 6 % avancée en juin, « grâce aux résultats meilleurs que prévu enregistrés en Chine et aux États-Unis au premier semestre ».

Les écarts seront toutefois prononcés entre les pays, soit entre une contraction supérieure à 11 % pour l’Afrique du Sud et l’Argentine, supérieure à 10 % pour l’Italie, l’Inde, le Mexique et le Royaume-Uni, et une augmentation de 1,8 % en Chine, seule économie du tableau à afficher une croissance cette année. Le plongeon du PIB canadien se situerait autour de 5,8 % comparativement à 3,8 % pour celui des États-Unis. Ce sera une reprise généralisée pour l’ensemble des pays étudiés en 2021, mais il faudra, pour ce faire, que les gouvernements prolongent leurs plans de soutien, exhorte l’OCDE.

Avec une confiance qui reste ébranlée, « moins de consommation, moins d’investissement, moins de production, moins d’échanges commerciaux, moins d’emplois », résume Laurence Boone, qui prévoit que la COVID-19 « va nous accompagner dans les 12 à 18 mois qui viennent ».

Aux États-Unis

Pour leur part, les États-Unis, engagés officiellement dans une récession qui pourrait n’être que l’affaire d’un trimestre, vont également mieux faire que prévu, croit aussi la Réserve fédérale. La baisse attendue du PIB sera de l’ordre de 3,7 %, contre 6,5 % dans les dernières prévisions de la banque centrale. Mais le rebond en 2021 sera moins musclé, à 4 % contre 5 % prévu. Les scénarios de croissance ont également été révisés à la baisse pour les années subséquentes.

L’emploi sera difficile à récupérer. Certes, le taux de chômage prévu pour 2020 oscille désormais autour de 7,6 %, mieux que la projection précédente de 9,3 %. Mais il reste « un long chemin » avant de retrouver le plein emploi. Partant d’un bas vieux de 50 ans à 3,5 % en février, il reviendrait autour de 5,5 % en 2021 et de 4,6 % en 2022, selon l’évolution encore imprévisible de la crise sanitaire. Sans oublier que la référence au taux de chômage demeure limitée, le véritable portrait d’ensemble comprenant également des sans-emploi se retirant de la population active par découragement ou encore du temps partiel subi.

« Je dirais qu’il faudra du temps pour retrouver l’expansion […] L’actuelle crise sanitaire continuera à peser sur l’activité économique, l’emploi et l’inflation à court terme, et pose des risques considérables sur les perspectives économiques à moyen terme. »

Et cette lente reprise est truffée de contrastes et d’inégalités... «Nous voyons l’emploi maximum comme un objectif large et inclusif », a martelé le président de la Fed, Jerome Powell, dans un texte de l’Agence France-Presse, chiffrant à 11 millions les Américains toujours sans emploi en raison de la pandémie.

La Fed joue donc la carte du statu quo en reconduisant sa fourchette de taux d’intérêt sur les fonds fédéraux entre 0, et 0,25 %. Un intervalle qui sera maintenu tant que les conditions du marché du travail ne seront pas compatibles avec les objectifs de plein emploi, même s’il faut endurer un dépassement modéré de l’inflation au-dessus du taux cible de 2 %. L’institution poursuivra également ses rachats de titres sur les marchés.

« La grande majorité des dirigeants de la Fed n’anticipent pas une remontée des taux directeurs d’ici la fin de 2023. Un seul participant (sur 17) voit une hausse de taux en 2022 et seulement quatre anticipent des taux plus hauts en 2023 », retient Francis Généreux, économiste principal au Mouvement Desjardins.

Et à l’instar de l’OCDE, la Fed s’est faite insistante sur la nécessité d’une nouvelle aide pour les ménages et les entreprises, un nouveau plan de soutien faisant toujours débat entre la Maison-Blanche et le Congrès.

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