Une relance canadienne durable exigerait 55 milliards d’investissements

Un groupe de travail suggère notamment la formation d’une main-d’œuvre spécialisée en bâtiments écologiques.
Frank Gunn La Presse canadienne Un groupe de travail suggère notamment la formation d’une main-d’œuvre spécialisée en bâtiments écologiques.

Un plan de relance visant à rendre l’économie canadienne plus durable nécessiterait des investissements gouvernementaux d’environ 55 milliards sur cinq ans, estime un groupe de travail indépendant constitué d’ex-conseillers politiques et d’experts en environnement et en finance.

À une semaine du discours du Trône à Ottawa, le « Groupe de travail pour une reprise économique résiliente », qui compte une quinzaine de membres, dont Gerald Butts, ex-bras droit de Justin Trudeau, soumet 22 recommandations qui couvrent notamment la rénovation de bâtiments et l’adoption de quotas de vente de véhicules électriques à la grandeur du Canada.

« En 2010, le monde a raté une belle occasion », écrit le Groupe. « Dans leur hâte de relancer la croissance économique après la crise financière de 2008-2009 et la récession qui a suivi, les gouvernements ont investi dans une relance très polluante. Ils ont réussi à remettre les gens au travail, mais ils l’ont fait sur la base d’une augmentation historique des émissions climatiques. »

Le Groupe a vu le jour au mois de mai. Il est constitué entre autres de Don Forgeron, président et chef de la direction du Bureau d’assurance du Canada, Andy Chisholm, membre du Groupe d’experts sur la finance durable créé par Ottawa, Merran Smith, qui dirige le groupe de recherche Clean Energy Canada, et Stewart Elgie, président du conseil de l’Institut pour l’Intelliprospérité, un groupe financé entre autres par le gouvernement fédéral et par diverses fondations du secteur privé.

Bâtiments et véhicules

Parmi les grands thèmes, c’est le secteur du bâtiment qui représente l’investissement le plus important, à hauteur de 27,3 milliards, afin d’améliorer l’efficacité énergétique et la capacité à résister aux changements climatiques. Outre la rénovation en financement public-privé, il suggère la formation d’une main-d’œuvre spécialisée en bâtiments écologiques et un fonds d’un milliard pour les infrastructures autochtones. Le déploiement de véhicules à zéro émission arrive au deuxième rang, à 7 milliards, suivi d’autres secteurs comme les investissements en technologies propres et dans les réseaux énergétiques.

S’il y a deux endroits où le gouvernement fédéral pourrait intervenir facilement, c’est dans le bâtiment et les véhicules électriques, a dit en entrevue Philippe Dunsky, président de la firme québécoise Dunsky Expertise en énergie et membre du Groupe de travail. Dans ces deux cas, Ottawa « a une partie des moyens » pour intervenir, d’autant plus qu’il y a un certain historique en la matière.

« Ce qu’on espère, c’est que dans la mesure où le gouvernement décide d’injecter encore des capitaux dans notre économie pour la soutenir en cette période difficile, il tienne compte de ces recommandations et, idéalement, oriente une partie de son effort vers ces solutions-là », a dit M. Dunsky. De cette manière, la lutte contre les difficultés économiques à court terme permettrait de « placer des pions » stratégiques pour le moyen et le long terme. « Il y a un espoir que ça se retrouve soit dans le discours du Trône, soit dans le prochain budget. On va voir. »

L’adoption d’une norme pancanadienne sur les véhicules à zéro émission (VZE) constituerait un nouveau chapitre dans la mesure où seules deux provinces ont actuellement des quotas de vente imposés aux manufacturiers : le Québec et la Colombie-Britannique. Une douzaine d’États américains ont également une règle semblable. Le Groupe de travail suggère aussi d’étendre l’idée d’un mandat VZE aux véhicules moyens et lourds, comme l’a fait la Californie.

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