Le Congrès blâme Boeing et la FAA

Le rapport met en avant cinq thèmes, à commencer par la forte pression financière exercée sur Boeing et le programme du 737 MAX pour faire vite, afin de mieux concurrencer l’Airbus A320 Neo.
Photo: Jason Redmond Agence France-Presse Le rapport met en avant cinq thèmes, à commencer par la forte pression financière exercée sur Boeing et le programme du 737 MAX pour faire vite, afin de mieux concurrencer l’Airbus A320 Neo.

Les accidents mortels du 737 MAX représentent « l’horrible aboutissement » d’une série de défauts d’ingénierie, de mauvaise gestion de la part de Boeing et d’un manque de supervision de la part du régulateur de l’aviation (FAA), a conclu mercredi une commission des transports du Congrès américain.

Dans un rapport final de 239 pages sur l’écrasement des avions de Lion Air en octobre 2018 et d’Ethiopan Airlines en mars 2019, fruit de 18 mois d’enquête, de plus d’une vingtaine d’auditions et de l’examen de 600 000 pages de documents, il est reproché au constructeur « la répétition inquiétante de mauvaises évaluations techniques et d’erreurs de jugement troublantes de la part de la direction ». La FAA y est vilipendée pour ses « nombreuses lacunes en matière de supervision et de responsabilité ».

Écrit par les démocrates de la commission des transports de la Chambre des représentants, le rapport « contient des révélations troublantes sur la façon dont Boeing — sous pression pour concurrencer Airbus et réaliser des bénéfices pour Wall Street — a échappé à l’examen de la FAA, a caché des informations critiques aux pilotes et a finalement mis en service des avions qui ont tué 346 personnes innocentes », a commenté son président, Peter DeFazio, dans un communiqué.

« Le constructeur a sérieusement besoin de modifier son approche à la sécurité », estime en conclusion le rapport. Mais « l’enquête de la commission n’est pas parvenue à déterminer si Boeing souhaite vraiment admettre ses erreurs et en tirer des leçons ». Le groupe affirme avoir pour sa part « travaillé d’arrache-pied pour renforcer [sa] culture de la sécurité et rétablir la confiance avec [ses] clients, les régulateurs et le public ».

Le rapport met en avant cinq thèmes, à commencer par la forte pression financière exercée sur Boeing et le programme du 737 MAX pour faire vite, afin de mieux concurrencer l’Airbus A320 Neo. Le document critique également les hypothèses faites par Boeing sur des technologies essentielles de l’appareil, dont le logiciel antidécrochage MCAS mis en cause dans les deux accidents, ainsi que sur les réactions des pilotes alors même que la plupart d’entre eux n’étaient pas au courant de l’existence de ce logiciel.

Les auteurs du rapport mettent également en avant la façon dont le régulateur supervise Boeing : dans la mesure où des employés de l’entreprise effectuent certaines tâches au nom de la FAA, cela crée, à leurs yeux, des « conflits d’intérêts inhérents ». Ils déplorent enfin l’influence trop importante de Boeing sur la FAA, qui à plusieurs reprises a poussé les responsables de l’autorité à rejeter les conclusions de ses propres techniciens à la demande du constructeur.

Le régulateur a affirmé mercredi dans un communiqué avoir déjà commencé à se transformer et être prêt à travailler avec la commission pour mettre en œuvre les changements recommandés. Ce rapport est publié alors que le 737 MAX s’est rapproché d’un retour dans le ciel avec des vols de certification aux États-Unis et au Canada.