Analyse: un ciel de plus en plus bas pour Transat

Transat voudrait aussi, comme les autres, se mettre en quête de sources de financement supplémentaires.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Transat voudrait aussi, comme les autres, se mettre en quête de sources de financement supplémentaires.

Aux prises avec la pire crise de leur histoire à cause de la pandémie de coronavirus, les transporteurs aériens sont confrontés à des vents particulièrement contraires au Canada, et Transat encore plus que les autres.

En juillet, l’industrie du transport aérien fonctionnait encore à 20 % à peine de son niveau à pareille date l’an dernier, un bien modeste progrès par rapport au misérable 13 % affiché en juin, rapportait la semaine dernière l’Association internationale du transport aérien (IATA, en anglais). La moyenne se révélait plus basse encore pour les vols internationaux, à seulement 8 %.

Le portrait ne semble pas près de s’améliorer avec l’apparition de nouvelles vagues de contamination, la perspective encore lointaine d’une vaccination massive et la méfiance que plusieurs voyageurs risquent fort de garder pendant un certain temps devant l’idée de s’enfermer pendant des heures dans un tuyau de fer avec des centaines d’inconnus. Des experts préviennent, ainsi, qu’il n’y aura pas de retour au niveau d’activité pré-COVID avant 2024.

La situation n’est pas plus brillante au Canada, bien au contraire. Dans ses résultats couvrant ses activités allant de mai à juillet inclusivement, Transat a rapporté, jeudi, une perte de revenus de 98,6 % [sic] par rapport à la même période l’an dernier, une hécatombe découlant, notamment, de la suspension totale de tous ses vols du 1er avril au 23 juillet, suivie d’une « reprise timide ». Le voyagiste québécois n’est pas le seul à avoir du plomb dans l’aile.Dans ses propres résultats trimestrielsallant, cette fois, d’avril à juin, Air Canada rapportait le mois dernier une diminution de 95 % de ses revenus dans le transport de passagers.

Pire au Canada

Les transporteurs canadiens s’estiment plus durement frappés que la plupart de leurs concurrents parce qu’en plus de devoir essayer de survivre à la pandémie, ils doivent le faire presque envers et contre leurs propres gouvernements. Dans un rapport dévoilé jeudi par son agence dans le tourisme, l’ONU constatait que le Canada est encore aujourd’hui l’un des pays qui maintient les conditions les plus restrictives sur les voyages, et ce, même si la menace de contagion n’y est pas spécialement forte.

Les transporteurs aériens en veulent notamment contre la quarantaine obligatoire imposée à tous voyageurs arrivant de l’étranger, « une solution bancale », estimait déjà l’IATA en juin, comparativement aux restrictions variables selon la provenance des voyageurs ou de la simple exigence de produire une déclaration de santé établie en vertu de normes reconnues. Le gouvernement fédéral peut penser que des règles plus sévères soient préférables même si cela doit se faire au prix de laisser « l’aviation au point mort », admettaient encore le mois dernier les transporteurs canadiens dans une lettre à la ministre des Finances, Chrystia Freeland. Mais dans ce cas, Ottawa ne peut pas croire que les actuels programmes généraux d’aide financière suffiront et devra suivre l’exemple de plusieurs pays en instaurant un plan de soutien spécial conséquent.

En attendant, les compagnies aériennes font ce qu’elles peuvent pour étirer leurs réserves de liquidités, en gardant, par exemple, au minimum leurs effectifs et en offrant des « crédits-voyages » plutôt qu’un remboursement à leurs clients qui ont vu leurs voyages annulés.

Transat voudrait aussi, comme les autres, se mettre en quête de sources de financement supplémentaires. Mais voilà, l’entente qu’elle a convenue, il y a plus d’un an, pour son acquisition par Air Canada et dont l’approbation par les autorités canadiennes et européennes pourrait attendre encore jusqu’en décembre, l’oblige à obtenir le consentement préalable de son acquéreur. Or, ce dernier n’attendrait, selon certains, qu’un prétexte pour se retirer d’une transaction qui est devenue beaucoup moins intéressante depuis la pandémie que l’on connaît.

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