Transat: le voyagiste risque de larguer du lest

«On dirait qu’au Canada, notre industrie n’existe pas», a déploré Jean-Marc Eustache.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «On dirait qu’au Canada, notre industrie n’existe pas», a déploré Jean-Marc Eustache.

Transat A.T. se cherche du financement et craint de devoir licencier 40 % de ses effectifs. « La Société ne peut pas prévoir, pour l’instant, toutes les répercussions de la COVID-19 sur ses activités et ses résultats, ni le moment où la situation s’améliorera », prévient le voyagiste.

Transat dévoilait jeudi ses résultats financiers du troisième trimestre. « Ce trimestre réduit à une semaine d’opération représente du jamais vu pour Transat, comme pour l’ensemble de l’industrie. Les mesures énergiques que nous avons prises pour préserver l’entreprise et sa trésorerie nous permettent d’être prêts pour la reprise », a déclaré le président et chef de la direction Jean-Marc Eustache. « Cependant, alors que le Canada maintient des restrictions aux frontières parmi les plus exigeantes et que la quarantaine s’applique toujours pour les retours au pays, il est temps que le gouvernement appuie spécifiquement le secteur aérien afin de préserver l’existence d’une industrie aérienne concurrentielle au Canada à long terme. »

Il plaide pour une aide gouvernementale pour l’industrie, comme cela s’est fait aux États-Unis et en Europe notamment, et dénonce le maintien des restrictions actuelles à l’endroit des voyages internationaux. « On dirait qu’au Canada, notre industrie n’existe pas », a déploré Jean-Marc Eustache, selon les propos recueillis par La Presse canadienne. Transat évoque une grande incertitude liée à la demande pour le reste de l’exercice et au moins pour l’exercice 2021.

40%
C’est la part que représentent les 2000 licenciements envisagés par rapport à la totalité des effectifs de Transat.

Depuis le début de la pandémie, Transat est engagée dans un processus de renégociation avec ses locateurs et ses fournisseurs. Des mesures de réduction des dépenses et des investissements ont aussi été mises en place visant à préserver ses liquidités. Sur ce dernier point, Transat a rappelé que les deux tiers de ses quelque 5000 employés canadiens sont toujours sous le coup d’une mise à pied temporaire. Lorsque la Subvention salariale d’urgence du Canada prendra fin, le voyagiste anticipe d’être contraint de licencier à terme au moins 2000 personnes, soit 40 % de ses effectifs.

« La Société poursuit ses démarches auprès de ses financiers et des différents ordres de gouvernement. » Le cas échéant, le consentement d’Air Canada pourrait être requis, prend-elle soin de souligner.

Au 31 juillet, sa trésorerie et ses équivalents s’établissaient à 576,4 millions, comparativement à 723,8 millions un an plus tôt. Les dépôts reçus des clients se chiffraient à 638,1 millions, dont 564 millions en crédits-voyages pour les voyages annulés sous le coup de la pandémie. Transat précise que 43 % de ces crédits étaient placés en fiducie, la différence correspondant à des dépôts effectués directement auprès d’Air Transat ou de filiales étrangères. « Cela l’expose à des litiges ainsi qu’à des mesures d’application par des autorités législatives et réglementaires et à des recours collectifs », que Transat « entend de bonne foi et à bon droit contester »

Grosse perte

Au cours du trimestre, Transat a affiché des revenus de seulement 9,5 millions, en baisse de 689,4 millions ou de 98,6 % par rapport au trimestre correspondant de 2019. La perte d’exploitation ajustée s’est chiffrée à 79,9 millions, comparativement à un résultat d’exploitation ajusté positif de 62,1 millions. Au cumul pour les neuf mois, des revenus de 1,3 milliard ont été comptabilisés, en baisse de 970,3 millions ou de 43,2 % comparativement à 2019. La perte nette attribuable aux actionnaires s’est établie à 258,5 millions, soit 6,85 $ par action, par rapport à 55,4 millions.

Achat par Air Canada

Transat ajoute que l’offre d’acquisition de 720 millions déposée par Air Canada est en attente d’approbation au Canada alors que la Commission européenne mène une enquête approfondie devant conduire à une décision attendue pour le 11 décembre. Si tout va de l’avant, la clôture de la transaction est prévue pour le quatrième trimestre, a indiqué le voyagiste, qui n’exclut pas que des facteurs hors de son contrôle puissent avoir un impact sur l’arrangement proposé.

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