Relancer l’économie dans l’intérêt de toute la société

Martine Letarte Collaboration spéciale
La première mouture du projet de loi 61, présentée en juin, misait sur plus de 200 projets d’infrastructures pour relancer l’économie.
Getty Images La première mouture du projet de loi 61, présentée en juin, misait sur plus de 200 projets d’infrastructures pour relancer l’économie.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

En plus de mettre à mal plusieurs secteurs de l’économie, la pandémie de COVID-19 a eu des répercussions surles conditions de travail des gens. Pour la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la santé et la sécurité des travailleurs sont particulièrement préoccupantes actuellement. De plus, elle a l’intention de mettre ses talents de négociatrice à profit pour que les nouvelles conventions collectives des employés du secteur public permettent de régler les problèmes d’attraction et de rétention de la main-d’œuvre. Mais d’abord et avant tout, à l’heure où l’économie doit redémarrer, la CSN milite pour un plan de relance complet et équitable.

Le projet de loi 61 visant la relancede l’économie du Québec et l’atténuation des conséquences de l’état d’urgence sanitaire déclaré en raison de la pandémie de COVID-19 a d’abord été présenté en juin. Soulevant la grogne des partis d’opposition, il a été abandonné par la nouvelle présidente du Conseil du trésor, Sonia Lebel, qui en a promis une nouvelle mouture.

« Nous avions été très critiques du projet de loi 61, car il venait bafouer toute forme de contrôle parlementaire de reddition de comptes publics, sans parler du saccage des règles environnementales et de l’octroi de contrats publics », explique Jacques Létourneau, président de la CSN.

Ce projet de loi misait sur plus de 200 projets d’infrastructures pour relancer l’économie. Même s’il est convaincu de la nécessité de réaliser ce type de projets, le président de la CSN est d’avis que la relance de l’économie doit viser plus large.

« D’abord, parce que les infrastructures, avec des emplois dans les domaines de la construction et du manufacturier, c’est très “gars”, souligne M. Létourneau. Et qu’en est-il de la culture, du tourisme, de la restauration, de l’hôtellerie, des commerces, où c’est l’hécatombe ? Le projet de loi était incomplet. »

La CSN demande un dialogue social pour créer un vrai plan de match afin de relancer l’économie. « Le gouvernement ne peut pas réfléchir seul à la relance, il doit consulter la société civile, les syndicats, les patrons, croit Jacques Létourneau. Ilfaut discuter du type de relance qu’on veut en regardant ses impacts sur les femmes, les plus vulnérables et l’environnement. »

Santé et sécurité des travailleurs

La question de la santé et de la sécurité des travailleurs est aussi préoccupante pour la CSN. Par exemple, dans le milieu de l’éducation.

« Le retour à l’école est une bonne nouvelle pour les élèves, mais il amène des enjeux de santé et de sécurité, affirme Jacques Létourneau. Il y a beaucoup de questions sans réponse. »

Par exemple, il mentionne le concept de bulle-classe mis en place dans les écoles pour minimiser les risques de contagion. Or, dans les services de garde que fréquente une fraction des élèves le matin, le midi et le soir, les consignes du ministère de l’Éducation indiquent que les écoles doivent privilégier, lorsque c’est possible, le regroupement des élèves selon les groupes-classes.

« Mais, il manque d’éducatrices en services de garde, alors les enfants des différentes classes se retrouveront ensemble », s’inquiète-t-il.

Le domaine de la santé a aussi ses enjeux. « Nous continuons à réclamer des masques N95 pour tous nos membres qui œuvrent dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée [CHSLD] », affirme M. Létourneau.

Il se réjouit toutefois de voir des avancées en matière de mouvement de personnel. « Dans plusieurs établissements, des postes à temps plein ont été affichés et une stabilité de la main-d’œuvre a réussi à être créée, constate-t-il. Mais nous continuons de suivre cet enjeu. »

Négociations avec le secteur public

Cette année singulière en est aussi une de négociations avec le gouvernement pour le renouvellement des conventions collectives des travailleurs du secteur public. On a constaté l’impact dramatique du manque de préposés aux bénéficiaires lorsque lapandémie a explosé ce printemps dans les CHSLD. La pénurie se voit également dans plusieurs autres métiers et professions, comme les éducatrices, les enseignants, les orthophonistes et les psychologues.

« Nous espérons que le gouvernement a tiré des leçons de la crise du printemps, affirme Jacques Létourneau. L’objectif est de rehausser les conditions de travail et les salaires pour attirer la main-d’œuvre et la garder, comme ça a été fait pour les préposés aux bénéficiaires. »

La CSN considère que les réseaux de la santé et de l’éducation étaient déjà en crise avant la pandémie puisqu’ils avaient été charcutés pendant des années de politiques d’austérité. Pour le président, offrir de meilleures conditions de travail aux employés de l’État n’est pas qu’un enjeu syndical, mais sociétal.

« Nous demandons au gouvernement de s’appuyer sur ce qu’il verse habituellement dans le Fonds des générations pour rembourser la dette afin de mieux soutenir les salariés de l’État, affirme M. Létourneau. Parce que si les infirmières, les enseignants et les éducatrices quittent leur emploi parce que c’est trop dur, c’est toute la société qui en payera le prix. »