D’autres programmes de formation accélérée sont réclamés

Les pertes d’emploi causées par la pandémie ont été observées notamment dans la construction.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les pertes d’emploi causées par la pandémie ont été observées notamment dans la construction.

La souplesse démontrée au Québec pour permettre la formation accélérée des préposés aux bénéficiaires en CHSLD devrait être appliquée aussi à d’autres secteurs pour aider à stimuler la reprise de l’emploi et à réduire le problème de rareté de la main-d’œuvre, selon un rapport.

Un programme similaire pourrait notamment être offert aux travailleurs peu qualifiés particulièrement frappés par la crise économique afin d’aider à répondre à la demande d’aide-soignants dans le cadre des services de maintien à domicile des personnes âgées, suggère l’Institut du Québec dans un rapport qui devrait être dévoilé mardi.

On pourrait aussi offrir une formation accélérée et intensive en enseignement à de nouveaux diplômés universitaires issus d’autres domaines et triés sur le volet afin qu’ils puissent rapidement prêter main-forte aux écoles, qui en auront bien besoin, propose-t-on, citant en exemple un programme qui fonctionne depuis 30 ans aux États-Unis.

Aux prises, cet été, avec une pénurie de préposés aux bénéficiaires dans ses centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) alors qu’y sévissait la pandémie de coronavirus, le gouvernement québécois a mis sur pied une formation express visant à grossir rapidement leurs rangs.

« Il n’y aura pas de recette miracle. La crise actuelle n’est pas comme les autres et les mécanismes classiques de relance de l’emploi ne suffiront pas », a fait valoir en entretien téléphonique au Devoir l’un des coauteurs du rapport, le professeur de HEC Montréal et ancien journaliste Alain Dubuc.

Plus de 84 % des pertes d’emploi causées par la pandémie et les mesures adoptées pour en freiner la progression ont été observées dans seulement sept industries, soit la construction, la fabrication, l’hébergement, la restauration, le commerce de détail, le transport et la culture. Les travailleurs peu qualifiés, les femmes, les jeunes, les immigrants récents et les travailleurs à temps partiel ont été frappés de façon disproportionnée. La difficulté sera de venir le plus rapidement possible au secours de ces travailleurs alors que plusieurs secteurs, dont l’hébergement, la restauration et le tourisme, ne se relèveront pas de sitôt, et que la plupart des personnes sans emploi n’ont pas le niveau de formation pour occuper les postes des nombreuses industries aux prises, souvent depuis longtemps, avec une rareté de main-d’œuvre.

« Un grand défi découlant des ravages que la pandémie de COVID-19 a causés à l’économie sera de faire le lien entre la main-d’œuvre qui sera disponible au cours des prochains mois et les besoins des entreprises, mais, surtout, de le faire en temps utile, dit l’étude. Les besoins étant pressants, les mécanismes d’adéquation habituels ne suffiront pas. On devra faire preuve de souplesse et accepter de mettre en œuvre des solutions imparfaites, qui seront néanmoins globalement et largement bénéfiques pour les travailleurs, les employeurs et l’économie en général. »

Souplesse et mobilité

Dans ce contexte, il faudra savoir démontrer « souplesse et mobilité », dit l’Institut du Québec. Outre les propositions déjà évoquées, son rapport propose que l’on convienne d’un assouplissement des mécanismes de reconnaissance des compétences dans l’industrie de la construction, le temps au moins de répondre à l’augmentation de la demande de main-d’œuvre qui viendra avec les plans de relance économique des gouvernements.

Il faudrait aussi que, contrairement aux programmes d’aide financière des premières heures, comme la Prestation canadienne d’urgence, l’aide apportée aux chômeurs redevienne conditionnelle à la recherche d’un emploi ou à la poursuite de sa formation.

« La crise, par son terrible impact sur les travailleurs vulnérables, a le pouvoir d’agir comme révélateur de l’importance de la scolarisation et de la formation professionnelle. Elle peut aussi servir de levier pour promouvoir les secteurs où les besoins et les perspectives d’avenir sont les plus grands », dit Alain Dubuc.

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