L’économie québécoise a repris du poil de la bête en mai

Un spectaculaire rebond en un mois du secteur de la construction de 111% avait réduit d’un coup le manque à gagner de l’économie québécoise à 13,4%.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Un spectaculaire rebond en un mois du secteur de la construction de 111% avait réduit d’un coup le manque à gagner de l’économie québécoise à 13,4%.

L’économie a rebondi deux fois plus fort au Québec, en mai, que dans l’ensemble du Canada. Mais comme la pandémie de coronavirus l’y avait aussi fait tomber plus bas, elle n’est ainsi parvenue qu’à se hisser à la même hauteur que l’autre, dans une remontée qui s’annonce encore longue.

La réouverture graduelle des différents secteurs économiques placés en confinement a permis au produit intérieur brut réel (PIB) du Québec de connaître une progression record de 10,9 % lors du seul mois de mai dernier, a rapporté mercredi l’Institut de la statistique du Québec. C’était plus du double du rebond de 4,5 % enregistré au même moment à la grandeur du Canada, mais cela venait après deux reculs tout aussi impressionnants de 9,5 % en mars et de 14,8 % en avril, rappelle l’ISQ.

En fait, ce rebond record en mai de l’économie québécoise la laissait encore 14,5 % en deçà du niveau d’activité qu’elle affichait au mois de février, avant que la COVID-19 ne lui tombe dessus, c’est-à-dire grosso modo au même point que l’ensemble de l’économie canadienne, à –14,7 %, ont fait remarquer dans une analyse les économistes à la Banque Nationale Jocelyn Paquet et Kyle Dahms.

Si un spectaculaire rebond en un mois du secteur de la construction de 111 % avait réduit d’un coup son manque à gagner à 13,4 % et que la respectable remontée de 31,6 % du commerce de détail l’avait ramenée tout près de la moyenne québécoise, à –15,1 % de son niveau au mois de février, les secteurs particulièrement touchés du transport (–32,8 %), des arts et spectacles (–51,3 %) et des services d’hébergement et de restauration (–61,1 %) étaient encore très loin du compte.

L’assouplissement graduel des règles de confinement des gouvernements s’est notamment fait sentir dans le commerce de détail, où la hausse moyenne en mai de 31,6 % masque des augmentations parfois du double, et même presque du triple chez les marchands de voitures (+180 %), les magasins de vêtements (+128 %), les vendeurs de meubles (+156 %) et les détaillants d’articles de sport et de loisirs (+187 %).

14,5%
C’est l’écart du PIB québécois entre son niveau de mai et celui de février.

Les estimations préliminaires laissent entrevoir une poursuite de la remontée de l’économie québécoise en juin, mais à un rythme deux fois moins rapide que le mois d’avant, à raison d’une croissance de son PIB d’environ 5 %. Statistique Canada arrivait, au début de mois, à la même projection pour l’ensemble de l’économie canadienne en juin.

Ayant « confiné plus sévèrement » que les autres provinces son économie, notamment dans la construction et le secteur manufacturier, il était normal que le Québec subisse un ralentissement plus marqué, mais aussi un rebond plus important, avait rappelé, il y a deux semaines, le ministre québécois des Finances, Eric Girard, en entrevue au Devoir. Mais la suite de la guérison risque d’être longue, avait-il prévenu, faisant notamment référence au taux de chômage, de 5 % en février et d’encore 9,5 % en juillet.

« Tous les emplois perdus ne reviendront pas ou vont prendre plus de 12 mois à revenir. Il faut s’attendre à des séquelles plus longues ou permanentes dans des secteurs plus touchés par la pandémie, à ce que des entreprises ne passent pas au travers. »

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