Québec réinvestit dans Nemaska Lithium

Selon le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, Nemaska s’inscrit dans un projet de société.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Selon le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, Nemaska s’inscrit dans un projet de société.

Le gouvernement du Québec entend consacrer une enveloppe initiale de 95 millions de dollars pour redémarrer l’imposant projet de mine et d’usine électrochimique de Nemaska Lithium, un investissement qui se fera à parts égales avec le groupe britannique Pallinghurst et qui pourrait atteindre un total de 600 millions.

Le projet devait au départ être prêt en deuxième moitié de 2019, mais des dépassements de coûts de plusieurs centaines de millions ont forcé la direction à mettre les freins pour refaire le montage financier. En début d’année, la compagnie cherchait environ 1,1 milliard pour terminer le projet, ce qui signifie qu’elle devra se tourner vers d’autres investisseurs ou prêteurs.

« Le Québec a le potentiel de prendre sa place dans toute la chaîne de valeurs de l’électrification des transports. C’est un projet que je considère de société », a dit en entrevue le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon. Cependant, a-t-il dit, « il faut s’assurer que le minerai, que ce soit lithium, cobalt, graphite, nickel, soit converti au Québec ».

« Ce que je voudrais voir, autant pour le graphite que pour le lithium, c’est qu’on aille dans la chaîne d’approvisionnement et qu’on arrive éventuellement à faire des anodes, des cathodes et de l’électrolyte. Si on réussit à faire ça, on a un avantage comparatif au Québec qui est indéniable, considérant notre source hydroélectrique », a affirmé le ministre.

Le conseil d’administration de Nemaska a étudié toutes les offres avant de choisir l’option retenue, a dit la compagnie. Par ailleurs, « toutes les obligations avec la nation crie de Nemaska, le Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee) et le gouvernement de la nation crie » demeurent. La mine est située à 300 kilomètres au nord de Chibougamau.

L’annonce marque le plus récent chapitre d’une longue saga chez Nemaska Lithium, qui s’est protégée de ses créanciers à l’hiver et dont l’action a été radiée de la Bourse. La compagnie a précisé que les petits actionnaires ne recevront « malheureusement » rien une fois que le plan de la nouvelle entité sera entériné. « Je suis très désolé de cette situation-là », a dit le ministre. Le gouvernement du Québec a lui-même perdu 80 millions, car Investissement Québec détenait un bloc d’actions de 13 %.

Le cours du lithium

La somme de 95 millions est une enveloppe « pour commencer », a dit M. Fitzgibbon, ce qui « va nous permettre d’avancer pas mal ». « Au fur et à mesure, le gouvernement va devoir réduire cette participation. Le gouvernement n’a pas à prendre 50 % de tout le projet. Notre responsabilité, c’est d’avoir des partenaires stratégiques, et on en a trouvé un [avec Pallinghurst]. » 

Invité à dire combien de temps il faudra avant que la mine et l’usine entrent en production, le ministre a rappelé que le cours du lithium traverse un creux. « Le coût d’extraction du lithium, du spodumène, est supérieur au prix de vente. Le projet n’a pas de sens aujourd’hui, mais ça va changer. »

Le ministre a tenu des rencontres en Asie en décembre 2019 afin de trouver des partenaires susceptibles de s’intéresser au Québec pour y faire des produits.

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