Analyse: cet outil de relance verte dont on ne veut pas

Il ne faudrait pas seulement doubler, comme prévu, les investissements dans l’économie propre, mais les quadrupler.
iStock Il ne faudrait pas seulement doubler, comme prévu, les investissements dans l’économie propre, mais les quadrupler.

Au moment de se donner une toute nouvelle ministre des Finances, le gouvernement Trudeau a redit son intention de dévoiler bientôt son plan de sortie économique de la pandémie pour une société plus équitable et une « relance verte ». Cette idée de profiter de la terrible crise économique actuelle et des inévitables plans de relance que les gouvernements devront déployer pour accélérer la nécessaire transition énergétique semble faire largement consensus.

On imagine intuitivement des programmes d’infrastructure où, par exemple, à la place des habituelles constructions de routes et subventions à la rénovation domiciliaire, on financerait des projets de transport en commun, de bornes de recharge électriques et de production d’énergie propre et aiderait à la conversion écoénergétique des bâtiments.

Un rapport de l’Association canadienne et québécoise des médecins pour l’environnement estimait, le mois dernier, que le respect par le Canada de ses promesses de réduction de gaz à effet de serre (GES)  non seulement sauverait plus de 100 000 vies, mais créerait aussi 1,3 million de nouveaux emplois durables entre 2030 et 2050. Mais pour ce faire, il ne faudrait pas seulement doubler, comme prévu, les investissements dans l’économie propre (de 22 milliards en 2020 à 44 milliards en 2050), mais les quadrupler (à 91 milliards).

Cet argent n’aurait pas seulement à venir de la poche des gouvernements, des politiques bien conçues et des projets bien ficelés ayant le pouvoir d’intéresser les investisseurs privés. Le coût de cette relance verte n’en sera pas moins l’un des facteurs qui risquent de peser lourd dans le débat public ces prochaines semaines, le gouvernement fédéral se dirigeant déjà vers un déficit record de 343 milliards cette année.

Ironiquement, le moyen le plus efficace pour mettre enfin le Canada sur la trajectoire des cibles de l’Accord de Paris pourrait être à coût nul, c’est-à-dire une taxe carbone dont toutes les recettes seraient immédiatement reversées aux consommateurs ou réinvesties dans n’importe quelle cause. Mais pour atteindre la cible fixée, cette taxe ne pourrait pas rester à 30 $ la tonne de CO2, mais devrait être graduellement portée à 210 $ d’ici 2030, soit l’équivalent de 40 ¢ le litre d’essence, estimait l’automne dernier la Commission de l’écofiscalité du Canada.

Cela tombe bien, les prix à la pompe ont rarement été aussi bas, notait au mois de mai son président, Chris Ragan, dans le Globe and Mail. De plus, disait l’économiste de l’Université McGill, cela aurait l’immense avantage de laisser aux consommateurs et aux entreprises le soin de trouver la façon la plus efficace et la moins coûteuse de s’adapter, plutôt que de compter sur les gouvernements pour choisir à leur place les meilleures entreprises, technologies et projets à subventionner, « ce pour quoi ils sont terribles ».

Mais voilà, ce n’est pas toujours les meilleures politiques qui remportent les faveurs de l’opinion publique et de leurs élus, admettait la Commission en novembre. Aussi faut-il maintenant espérer que la future relance verte présentera le bon mélange de taxe carbone, de réglementation environnementale et de généreuses subventions qui permettra quand même d’atteindre nos cibles.

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