Au Brésil, l’agroalimentaire cherche à améliorer sa crédibilité

La traçabilité demeure l'enjeu le plus important pour éviter que les géants agroalimentaires s'approvisionnent dans des élevages liés à la déforestation.
Photo: Nelson Almeida Agence France-Presse La traçabilité demeure l'enjeu le plus important pour éviter que les géants agroalimentaires s'approvisionnent dans des élevages liés à la déforestation.

Face aux pressions croissantes pour que le Brésil mette un frein à la déforestation en Amazonie, les géants de l’agroalimentaire assurent multiplier les contrôles sur l’origine de leurs produits et disent en appeler au gouvernement Bolsonaro pour faire respecter la législation environnementale.

Le cas récent du géant brésilien JBS, numéro un mondial de la viande accusé par un consortium de médias d’enquête d’avoir « blanchi » du bétail en provenance de terres déboisées illégalement en Amazonie, a renforcé cette pression.

Marfrig, deuxième producteur mondial de viande bovine, a mis en place un système de surveillance de ses fournisseurs directs en Amazonie depuis l’engagement du secteur, en 2009, à ne plus s’approvisionner dans des élevages liés à la déforestation.

Le dispositif lui permet de bloquer le bétail mis à paître dans des zones récemment déboisées, empiétant sur des aires protégées ou sur des territoires indigènes. Mais le groupe reconnaît que ses abattoirs ont des difficultés à remonter à l’origine des bovins, une partie d’entre eux provenant d’éleveurs qui les ont seulement engraissés après les avoir achetés ailleurs.

Fin juillet, Marfrig a annoncé qu’il allait intégrer à son système, d’ici dix ans, l’ensemble de ses fournisseurs indirects en Amazonie et dans la savane du Cerrado, et aider ceux en infraction à améliorer leurs pratiques avant d’être débloqués.

« La traçabilité totale contribuera à la préservation environnementale », a déclaré à cette occasion le dirigeant de Marfrig, Marcos Molina : l’entreprise souhaiterait que le gouvernement renforce la documentation obligatoire du transport du bétail, notamment en intégrant à l’aspect sanitaire le contrôle environnemental.

Pour accéder au marché européen, les éleveurs brésiliens doivent adhérer au Système d’identification de certification d’origine bovine, exigeant une traçabilité individuelle de chaque animal. Pour les exportations vers d’autres pays et les ventes, majoritaires, sur le marché interne, l’adhésion reste facultative.

En compagnie d’autres représentants du secteur agroalimentaire, Marcos Molina a participé à une réunion virtuelle avec le vice-président brésilien, Hamilton Mourão, le 10 juillet, sur la sauvegarde de l’Amazonie.

La traçabilité totale contribuera à la préservation environnementale

 

« Notre souhait est que la forêt reste debout, et cela peut rendre le Brésil bien plus compétitif, dans le cadre du développement d’une économie à faibles émissions de carbone et face à des consommateurs de plus en plus exigeants », pointe Marina Grossi, présidente du Conseil brésilien des entreprises pour le développement durable, présente lors de la réunion.

Selon elle, cette traçabilité permettra « de séparer le bon grain de l’ivraie », la déforestation illégale « portant préjudice au pays et écornant l’image de ceux qui respectent la loi ».

Mais Adriana Charoux, responsable Amazonie de Greenpeace, ne voit pour l’instant que des effets d’annonce. « Ce n’est que quand cela touche à leur portefeuille que les entreprises se mobilisent pour améliorer leur transparence et faire pression sur le gouvernement », dit-elle à l’AFP. « Elles restent silencieuses sur le démantèlement des organes publics de fiscalisation environnementale » à l’œuvre depuis l’arrivée au pouvoir en 2019 de Jair Bolsonaro.

Elle discerne « un manque de volonté politique alors que les outils pour exercer cette surveillance existent ».

Soja « contaminé »

Idem pour le soja. Depuis le moratoire conclu en 2006, les négociants brésiliens se sont engagés à ne plus acheter d’oléagineux provenant de parcelles défrichées illégalement en Amazonie.

Cela a conduit à créer un système de traçabilité dans lequel « on peut vérifier si une parcelle de soja a été mise sous embargo », affirme André Nassar, président de l’Association brésilienne des huiles végétales. « Mais c’est aux pouvoirs publics d’identifier les infractions. » La culture de soja a depuis « migré » vers la région du Cerrado.

Même si moins de 10 % des propriétés rurales dans les deux régions défrichent illégalement, environ 20 % de celles cultivant du soja ont déboisé sans autorisation une partie de leurs terres pour les utiliser à d’autres fins, estime une étude publiée en juillet dans la revue Science. Leur oléagineux est alors « contaminé » par cette pratique.

« C’est le rôle des autorités d’agir sur ces zones et d’imposer le respect du code forestier », affirme Sergio Mendes, directeur général de l’Association nationale des exportateurs de céréales. Le ministère de l’Agriculture brésilien n’a pas donné suite aux demandes de l’AFP.

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