Cirque du Soleil: le dernier bloc racheté à Guy Laliberté a coûté 75 millions $US à la Caisse de dépôt

Une artiste du spectacle <em>Corteo</em>, du Cirque du Soleil
Photo: Cirque du Soleil Une artiste du spectacle Corteo, du Cirque du Soleil

L’acquisition de la dernière part de 10 % que détenait Guy Laliberté dans le Cirque du Soleil a coûté 75 millions $US à la Caisse de dépôt et placement du Québec, a révélé lundi son président, en présentant la transaction comme un geste visant à augmenter l’influence de la Caisse quelques mois après que des investisseurs étrangers eurent commencé à tourner autour du Cirque.

Charles Émond, grand patron de la Caisse depuis le 1er février, a levé le rideau sur le prix de l’acquisition en Commission des finances publiques, où les élus de l’opposition ont profité de l’étude des crédits pour l’interroger sur les fondements d’une transaction survenue à quelques semaines de l’annonce d’une pandémie par les autorités sanitaires mondiales.

« Le 14 février, jour de l’annonce de la transaction, aucun fait ne validait la possibilité d’une pandémie, et encore moins d’un confinement planétaire sans précédent, fermant le Cirque en 48 heures, encore aujourd’hui pour une période indéterminée », a dit M. Émond, aux côtés du ministre des Finances, Eric Girard.

Protection des tribunaux

« On a écrit que le Cirque avait plusieurs spectacles en Chine. Le Cirque avait un seul spectacle en Chine, qui ne générait aucun profit, et allait représenter au mieux 0,3 % des revenus totaux prévus pour 2020. La situation en Chine n’avait aucun impact économique sur le Cirque en date du 14 février », a poursuivi M. Émond.

Le Cirque est fermé complètement. Il est passé de 100 millions de revenus par mois à zéro, avec des employés à payer, des fournisseurs à payer, en 48 heures. Est-ce qu’on se réjouit de ça? Absolument pas. Mais la décision a été réfléchie, on l’a fait d’une façon prudente.

Le Cirque du Soleil, qui s’est placé sous la protection des tribunaux contre ses créanciers au mois de juin, est aujourd’hui à vendre. Le mois dernier, la Cour supérieure a donné sa bénédiction à une entente survenue entre la direction du Cirque et ses créanciers garantis, un accord servant essentiellement de seuil minimal dans le processus de vente aux enchères. Tout autre investisseur intéressé avait jusqu’au 27 juillet pour exprimer son intérêt, la date limite pour déposer une offre formelle étant le 18 août.

Les créanciers proposent d’injecter 375 millions $US et de maintenir le siège à Montréal pendant une période minimale de cinq ans.

La Caisse est devenue actionnaire du Cirque en 2015 en acquérant un premier bloc de 10 %. Une transaction de 71 millions $US, selon M. Émond. L’acquisition du deuxième bloc, dont les négociations ont commencé en 2019, venait d’un désir d’élargir l’influence de la Caisse et de permettre aux déposants de profiter d’un rendement amélioré, car le rendement du premier bloc était « insuffisant » même s’il était « positif ». C’était aussi pour « se positionner stratégiquement, car certains acquéreurs étrangers manifestent à la Caisse de dépôt, à la fin 2019, leur intérêt pour le Cirque, en même temps que des actionnaires existants du Cirque nous informent vouloir ou devoir vendre leur participation en tout ou en partie ».

La valeur des 20 % détenus par la Caisse dans le Cirque a été ramenée à zéro, a rappelé M. Émond. « Le Cirque est fermé complètement. Il est passé de 100 millions de revenus par mois à zéro, avec des employés à payer, des fournisseurs à payer, en 48 heures. Est-ce qu’on se réjouit de ça ? Absolument pas. Mais la décision a été réfléchie, on l’a fait d’une façon prudente. Il valait mieux avoir 20 % avec des droits que d’être à 10 % en arrière sur le banc du passager, sans pouvoir avoir l’influence qu’on croyait requise pour ramener le Cirque dans ce qu’on croyait être la bonne voie, revenir à son cœur de métier, gérer sa dette plus prudemment. »

Sans pandémie, et « si le Cirque n’avait pas fermé ses lumières », a-t-il dit, les « 228 millions seraient inscrits à 100 % dans nos livres ».

À ses côtés, le ministre Girard a dit qu’il n’est « pas approprié » de « juger un investissement au mois d’août avec les informations d’aujourd’hui, qui n’étaient pas disponibles au mois de février ». Selon lui, « il est indéniable qu’avec ce qu’on sait aujourd’hui, l’investissement n’était pas un bon investissement. Mais rappelons que la pandémie a été déclarée au mois de mars et que l’ensemble de l’information disponible entre la fin 2019 et le mois de février n’est pas le même qu’aujourd’hui ».

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