Hong Kong, un pont de plus en plus fragile

Hong Kong offre à la fois un accès direct à ce fabuleux marché chinois et un cadre compatible avec une économie de service moderne et ouverte sur le monde.
Anthony Wallace Agence France-Presse Hong Kong offre à la fois un accès direct à ce fabuleux marché chinois et un cadre compatible avec une économie de service moderne et ouverte sur le monde.

Hong Kong est un pont entre l’immense marché chinois dirigé par un régime de parti unique et l’univers de la finance et du commerce mondial attaché à sa liberté de mouvement et à la protection offerte par la règle de droit. Ce pont résistera-t-il au durcissement autoritaire de Pékin et aux coups de gueule de Donald Trump ?

Les crises politiques et sociales se font de plus en plus fréquentes dans ce qui est encore censé être un territoire autonome pour une puissance disant appliquer le principe « d’un pays, deux systèmes ».

Cette fois-ci, cela a commencé par l’adoption à Pékin d’une loi sur la sécurité nationale en vertu de laquelle on se donne le droit et les moyens d’arrêter quiconque serait coupable à Hong Kong de sédition, de terrorisme ou de collusion avec une force étrangère, une formule employée couramment par les régimes autoritaires pour se débarrasser de quiconque dérange un peu trop. Pour faire bonne mesure, on en a aussi profité pour reporter d’un an les élections législatives prévues dans la ville de 7,5 millions d’habitants cet automne.

Plusieurs pays, dont le Canada, ont dénoncé ce qu’ils voient comme une nouvelle menace contre la démocratie, l’état de droit et l’autonomie promise pour au moins 50 ans à la région lors de sa rétrocession par le Royaume-Uni à la Chine en 1997 et suspendu leurs traités d’extradition avec Hong Kong.

L’arrestation, cette semaine, du magnat de la presse hongkongaise Jimmy Lai avec une dizaine d’autres leaders prodémocratiques a semblé confirmer leurs craintes.

Déjà à couteaux tirés avec la Chine, Donald Trump est allé beaucoup plus loin en retirant, aux yeux des États-Unis, le statut économique distinct dont bénéficie Hong Kong dans la finance et le commerce mondial. Le président américain lui a prédit jeudi, sur les ondes de la chaîne Fox, une « descente aux enfers ». « Hong Kong ne pourra jamais prospérer avec une Chine aux commandes. Personne ne va y faire des affaires. »

Démocratie et économie

Ce n’est pas la première fois que cette idée est évoquée.

Pour plusieurs, si Hong Kong est la troisième Bourse du monde en importance, derrière New York et Londres, si 1500 multinationales y ont établi leurs sièges sociaux régionaux et si son secteur du commerce et de la logistique équivaut encore aujourd’hui à un peu plus de 20 % de celui de la Chine continentale, c’est parce qu’il offre à la fois un accès direct à ce fabuleux marché chinois et un cadre compatible avec une économie de service moderne et ouverte sur le monde, observait l’an dernier The Economist lors d’une crise précédente. C’est parce que, contrairement à n’importe quelle autre ville ordinaire en Chine, on peut y compter sur l’application de la règle de droit par des tribunaux indépendants, sur une devise indexée au dollar américain, sur un accès à de l’information fiable grâce une presse libre, ainsi que sur une liberté de mouvement et de penser pour des entreprises et une main-d’œuvre cosmopolites de haut vol.

Les grands champions technologiques chinois, comme Alibaba, semblent reconnaître eux-mêmes l’importance de ces facteurs, faisait valoir le mois dernier le Wall Street Journal, eux qui ont pris l’habitude de ne pas seulement s’inscrire à la Bourse de Shanghai, mais aussi à celle de Hong Kong.

Mais voilà. Si le régime chinois vient imposer ses manières arbitraires à Hong Kong et que les États-Unis ne reconnaissent plus officiellement la valeur distincte de son système juridique et commercial, les entreprises ne risquent-elles pas de changer de camp de base dans la région, pour la cité-État de Singapour par exemple, bien qu’elle ne soit pas, elle non plus, exactement une démocratie ?

Des médias ont rapporté que de nombreux travailleurs étrangers et des citoyens qui le peuvent se prépareraient à déménager. La Chine ne manque pas de professionnels formés à l’étranger prêts à prendre leurs places, observait le mois dernier Les Échos.

Quelques banques (Deutsche Bank), médias étrangers (New York Times) et autres compagnies étrangères ont donné des signes de vouloir réduire leurs activités à Hong Kong, mais la plupart semblent attendre l’évolution de la situation. Tout le monde était finalement resté après les terribles heurts entre les forces de l’ordre et les manifestants prodémocratiques de l’an dernier. Mais peut-être faudra-t-il plus de temps pour mesurer l’ampleur des changements politiques en cours à Hong Kong et leur impact sur son rôle particulier entre la Chine et le reste du monde.