Port de Montréal: des entreprises attendent avec impatience un dénouement

Les négociations portant sur le renouvellement de la convention collective des 1125 débardeurs ont débuté en 2018, mais achoppent notamment sur des enjeux de conciliation travail-famille.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les négociations portant sur le renouvellement de la convention collective des 1125 débardeurs ont débuté en 2018, mais achoppent notamment sur des enjeux de conciliation travail-famille.

En attendant l’issue des discussions au Port de Montréal, où le Syndicat des débardeurs (SCFP 375) a entamé lundi une grève générale illimitée, des entreprises québécoises habituées au commerce transfrontalier pour s’approvisionner et vendre leurs produits croisent les doigts de plus en plus fort pour que le conflit se règle rapidement.

Les négociations portant sur le renouvellement de la convention collective des 1125 débardeurs ont débuté en 2018, mais achoppent entre autres sur des enjeux de conciliation travail-famille.

En début de semaine, des regroupements du milieu des affaires ont demandé l’intervention des gouvernements pour trouver une solution et ont fait circuler une lettre qui a récolté des centaines de signatures.

« Pour l’instant, on n’a pas subi d’impact, mais si ça persiste, ça pourrait être dramatique », a dit en entrevue jeudi le p.-d.g. de Métal Perreault, Charles Carré. L’entreprise de Donnaconna, dont un vice-président figure parmi les signataires de la lettre, se spécialise dans la fabrication de structures d’acier. « Si l’acier qu’on a commandé [auprès de distributeurs] demeure bloqué dans le Port, il va y avoir des impacts majeurs en ce qui concerne nos délais de livraison. Ça ne fera pas notre affaire. » Autrement dit, a-t-il raconté, « si je n’ai pas d’acier, je ne transforme rien ».

Combien de jours de grève faudrait-il pour occasionner un effet ? « Je n’en ai aucune idée, a dit M. Carré. L’acier dont on a besoin présentement, on l’a. » Il ignore également le niveau des stocks chez ses fournisseurs.

Le site Internet du Port de Montréal affichait toujours mercredi un état de la situation mis en ligne le 7 août. On y mentionne entre autres que la grève entraîne la « suspension des services d’amarrage ordinairement fournis par les débardeurs et de la manutention des marchandises dans les terminaux du port » et que « la manutention de vrac liquide, le service Oceanex (terminal Bickerdike) et le terminal céréalier (Viterra) ne sont pas touchés ».

Si l’acier qu’on a commandé [auprès de distributeurs] demeure bloqué dans le Port, il va y avoir des impacts majeurs en ce qui concerne nos délais de livraison. Ça ne fera pas notre affaire. Si je n’ai pas d’acier, je ne transforme rien.

 

La partie patronale est représentée par l’Association des employeurs maritimes, qui a indiqué mardi à La Presse canadienne que des pourparlers étaient prévus toute la semaine avec le Syndicat des débardeurs.

Logistique complexe

« En tant que tierce partie logistique, on est dans le milieu de la chaîne, on fait le lien entre l’importateur et la compagnie maritime », a expliqué Stéphane Alary, directeur général d’Eurofret Canada, spécialisé dans le courtage en douane et en logistique de transport. « Et on subit les effets collatéraux de la situation, par le fait que nos clients refusent de payer les frais liés à l’entreposage, à la détention de conteneurs… On doit gérer tout le mécontentement occasionné par cette situation-là, on doit gérer tout le flot de mouvements de marchandises dérouté vers Halifax, Saint-John, refaire toute la documentation, refaire les entrées de douane… On travaille en double et en triple par rapport à un flot normal. »

L’arrêt des activités au Port a déjà des répercussions, selon M. Alary. « Pour la clientèle dans l’alimentaire, on a des clients qui importent des ingrédients pour leur chaîne de production. De leur côté, ils sont en rupture de stock. On a de la clientèle qui importe du film de plastique pour fabriquer des contenants destinés à l’industrie du yogourt ou de la margarine, par exemple, et ils sont en rupture de stock et réduisent leurs quarts de travail. »

La COVID a fait en sorte que de nombreuses entreprises ont délaissé le recours à l’avion pour commencer à effectuer leurs importations par navire, a-t-il précisé. « Ç’a créé un effet d’engorgement dans le transport maritime. » Les compagnies ayant un faible niveau de stocks ou vivant des difficultés financières sont frappées « dans les genoux », a-t-il dit.

Pour Michel Pellerin, propriétaire de Guitares Pellerin, à Thetford-Mines, le Port est un tremplin vers le monde. Les exportations représentent environ 50 % de ses commandes, a-t-il dit. « J’importe aussi un peu de matériel. Depuis que tout est fermé, on a essayé de trouver des alternatives. J’ai une guitare coincée aux douanes depuis presque deux semaines. On est pris par la gorge, et là en plus il y a une grève au Port. »

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