Le déconfinement se déroule très bien, dit Eric Girard

Dans sa présentation de juin, le ministre des Finances, Eric Girard, projetait un déficit historique de 14,9 milliards pour l'exercice 2020-2021.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Dans sa présentation de juin, le ministre des Finances, Eric Girard, projetait un déficit historique de 14,9 milliards pour l'exercice 2020-2021.

Eric Girard est satisfait du rythme de récupération de l’économie et du marché de l’emploi après un confinement qu’il a qualifié de sévère. Le ministre québécois des Finances travaille à l’élaboration d’un plan de retour à l’équilibre budgétaire devant être présenté à l’automne, tout en ne ménageant pas les efforts pour se préparer en vue d’une deuxième vague que personne ne souhaite. « La confiance sanitaire est essentielle à la confiance économique », lance-t-il dans une entrevue au Devoir.

Vendredi, Statistique Canada indiquait que le Québec avait enregistré une hausse de quelque 98 000 emplois, ou 2,4 %, en juillet, poussant le taux de chômage à 9,5 %, en baisse de 1,2 point de pourcentage, soit une troisième baisse mensuelle d’affilée. L’emploi a ainsi augmenté de 576 000 au cours des trois derniers mois. « Nous en sommes à 70 % des [820 500 emplois] perdus entre février et avril 2020, à 94,4 % du niveau d’emploi de février, contre 93 % au Canada », retient Eric Girard.

« Rappelons-nous : nous étions au plein-emploi en février, avec un taux de chômage avoisinant les 5 %. »

Le ministre des Finances évalue que le déconfinement se déroule très bien. « Nous avions confiné plus sévèrement, ce qui nous a fait perdre plus d’emplois en mars et avril, rappelle-t-il. Nous avons pris une approche plus sévère, notamment dans la construction et le secteur manufacturier. Nous avions aussi plus de cas » d’infection à la COVID-19.

On travaille désormais avec ce qui a été fait. « Nous faisons les efforts pour nous préparer à une deuxième vague, mais ce que l’on veut, c’est éviter un reconfinement. » Le ministre revient à cette confiance sanitaire essentielle à la confiance économique. « On attend de nous que l’épidémie soit bien gérée. » Sur le plan des finances publiques, 4 milliards ont été mis de côté en vue d’une éventuelle deuxième vague dans le Portrait de la situation financière du Québec présenté en juin.

Des séquelles plus longues

Concernant le marché du travail, les données de juillet font tout de même ressortir des pertes de près de 245 000 emplois par rapport à février. « Certes, tous les emplois perdus ne reviendront pas ou vont prendre plus de 12 mois à revenir. Il faut s’attendre à des séquelles plus longues ou permanentes dans des secteurs plus touchés par la pandémie, à ce que des entreprises ne passent pas au travers. »

D’autant plus que, pour certaines, la pandémie est venue exacerber des difficultés d’adaptation ou de transformation préexistantes. « Notre rôle dans la relance sera de veiller à la sécurité sanitaire, d’aider à la transition, d’appuyer le développement économique, de remplacer au besoin le secteur privé aux ressources limitées, notamment en matière d’infrastructures publiques, d’appuyer la formation de la main-d’œuvre et sa relocalisation vers des secteurs plus porteurs », énumère Eric Girard.

Dans sa présentation de juin, le ministre des Finances projetait une contraction de 6,5 % du PIB québécois en 2020. Le gouvernement Legault manifestait alors son ambition de retrouver d’ici décembre 2021 le niveau de production de décembre 2019. On indiquait également que l’exercice 2020-2021 allait se terminer avec un déficit historique de 14,9 milliards. La crise sanitaire a forcé la fermeture d’environ 40 % de l’économie, produisant un impact budgétaire de plus de 6,6 milliards. S’y greffe une perte appréhendée de plus de 9,6 milliards en revenus autonomes.

Ce qui n’a pas empêché les agences de notation de réitérer leur confiance envers le Québec en maintenant sa cote. « Même Fitch, qui a abaissé celle du Canada, a maintenu la nôtre. Ces agences savent très bien dans quelle situation les gouvernements se trouvent. Elles demandent un plan de retour à l’équilibre crédible, transparent et bien compris. » Le gouvernement Legault vise un retour à l’équilibre budgétaire d’ici cinq ans, « sans augmentation de la taxe de vente, de l’impôt des particuliers et des entreprises », a déjà promis M. Girard. « Je ne peux en dire davantage. Nous allons présenter à l’automne comment nous prévoyons revenir à l’équilibre budgétaire. Ma réflexion est avancée. »

Fonds des générations

Doit-on prévoir une contribution plus grande à la relance du Fonds des générations autrement consacré au remboursement de la dette ? Le ministre ne s’avance pas sur la question, si ce n’est pour répéter qu’il faut trouver le bon équilibre. « Le rôle du Fonds a bien servi le Québec. Il nous a permis de passer de la province la plus endettée à une performance supérieure à celle de l’Ontario. C’est aussi une question d’équité intergénérationnelle, le service de la dette occupant le troisième poste budgétaire. »

Eric Girard ajoute du même souffle que le Québec représente 22,6 % de la population, mais 20 % de l’économie canadienne. « Nous avons besoin de gains de productivité. Nous voulons au moins avoir le même poids économique que le poids démographique, avoir le poids qui nous permettra de nous affranchir de la péréquation. »

Et outre une deuxième vague, qu’est-ce qui pourrait faire dérailler ce scénario ? « La situation de nos partenaires avec lesquels nous sommes interdépendants. De l’Ontario, des États-Unis. Le Québec est une économie ouverte, bien intégrée dans l’économie nord-américaine, qui a besoin de la mobilité de la main-d’œuvre, d’une réouverture des frontières.

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