Rendement négatif à la Caisse de dépôt au premier semestre

La contre-performance de la CDPQ s’explique en partie par le nombre relativement faible d’actions des géants du numérique dans son portefeuille, selon son grand patron, Charles Émond.
Paul Chiasson La Presse canadienne La contre-performance de la CDPQ s’explique en partie par le nombre relativement faible d’actions des géants du numérique dans son portefeuille, selon son grand patron, Charles Émond.

Victime de la pandémie de coronavirus, mais aussi de sa propre hésitation à détenir des actions des géants du numérique et de ses importants investissements dans des centres commerciaux et des immeubles de bureaux, la Caisse de dépôt a affiché un rendement négatif au cours de la première moitié de l’année.

Le rendement de -2,3 % au premier semestre de 2020 a réduit l’actif net de Caisse de dépôt et placement du Québec de 340 milliards à 333 milliards. Il vient après une année 2019 pleine de rebondissements, mais qui s’était malgré tout conclue par un rendement annuel de 10,4 %, en deçà de son indice de référence qui était de 11,9 %.

Cette fois-ci encore, la Caisse a moins bien fait que la moyenne des autres investisseurs comparables, à raison d’un rendement positif de 4,1 % (contre un indice de +4,5 %) dans les marchés obligataires et autres revenus fixes, d’un recul de -5 % (contre -2,2 %) du côté des actions de compagnies, notamment celles inscrites en Bourse, et un repli de -7,3 % (contre -1,5 %) du côté des investissements dans des immeubles (-11,7 %), infrastructures (-1 %) et autres « actifs réels ».

Ces résultats sont d’abord et avant tout le reflet de la « crise inédite, imprévisible et sans précédent dans l’histoire économique moderne » qui a frappé le monde depuis le début de la pandémie de COVID-19, a fait valoir vendredi le président et chef de la direction de la Caisse, Charles Émond, lors d’une conférence de presse téléphonique. Mais contrairement à la plupart des récessions qui découlent d’excès du marché, l’actuelle crise a mené à l’accélération de tendances, notamment technologiques.

Sa contre-performance tient au fait que ses critères d’investissement l’ont amené à détenir relativement peu d’actions des géants du numérique (le GAFAM, soit Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), dont la valeur à Wall Street s’est appréciée de 37 % de janvier à la fin juin alors que celles de toutes les autres compagnies reculaient de 8 %.

La valeur des nombreux centres commerciaux (25 au Canada) et immeubles de bureaux gérés par sa filiale immobilière Ivanhoé Cambridge a aussi durement accusé le coup des mesures de confinement sans pouvoir profiter de l’explosion, au même moment, du commerce électronique.

Pas de crise à la Caisse

Ces déconvenues sont moins les conséquences de stratégies de placement fondamentalement inadéquates que le signe de la nécessité d’accélérer une transition déjà en cours à la Caisse en matière immobilière et de virage vers les nouvelles technologies, a expliqué Charles Émond.

« Il est important de s’ouvrir et de s’exposer à ce secteur-là, qui va prendre de plus en plus d’importance. Et moi, comme nouveau président, mon but, c’est de positionner le portefeuille marché boursier et les autres pour les 10 prochaines années », a déclaré celui qui a pris la relève de Michael Sabia en février.

Si la situation économique s’annonce précaire et remplie d’incertitude au moins jusqu’à la fin de l’année prochaine, Charles Émond a tenu à se faire rassurant auprès de sa quarantaine de déposants, dont le Régime de rentes du Québec, les employés du secteur public et de l’industrie de la construction, le Fonds des générations, la Société d’assurance automobile du Québec et le Fonds de la santé et de la sécurité au travail (CNESST).

« Il n’y a pas de crise à la Caisse », a-t-il martelé, rappelant son rendement annualisé de 6,3 % (contre un indice de 6,2 %) sur cinq ans et de 10,7 % (contre 10 %) sur dix ans.

La Caisse se félicite d’avoir particulièrement bien fait ces dernières années au Québec. Elle rapporte que ses placements dans certaines grandes capitalisations québécoises « ont été frappés plus durement [mais] de façon temporaire », puisqu’une bonne partie des pertes avaient déjà été épongées à la fin du mois de juillet.

Ce ne sera toutefois pas le cas pour le Cirque du Soleil, qui fait actuellement l’objet d’une offre d’achat de ses créanciers et dans lequel la Caisse avait 170 millions $US, investissement sur lequel elle a d’ores et déjà fait une croix.

Quant aux 4 milliards qu’elle a mis à la disposition des entreprises québécoises en manque temporaire de liquidités, près de la moitié (45 %) des sommes a déjà été allouée ou est en voie de l’être.

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