​Analyse: la difficile relance verte

L’Organisation de coopération et de développement économiques déplorait que le soutien direct et indirect à la production d’énergies fossiles fût en hausse de 38% en 2019 dans 44 économies avancées et émergentes.
Photo: Fred Tanneau Agence France-Presse L’Organisation de coopération et de développement économiques déplorait que le soutien direct et indirect à la production d’énergies fossiles fût en hausse de 38% en 2019 dans 44 économies avancées et émergentes.

Elles sont nombreuses, les grandes institutions, à voir dans cette pandémie l’occasion d’une relance économique verte, axée sur une transition énergétique en accéléré : principaux banquiers centraux (sauf la Réserve fédérale américaine), FMI, OCDE, ONU…

Encore mercredi, l’on rappelait que la prochaine Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, devant avoir lieu en avril, avait pour ambition de reconstruire sur de meilleures bases les économies sinistrées.

« La COVID-19 a été un test décisif pour l’économie mondialisée et interdépendante, et le verdict est clair. La pandémie et ses retombées ont exposé les défis existentiels pour les principes mêmes de la mondialisation et auront un impact durable sur les efforts futurs des pays en développement pour tirer profit de l’économie mondialisée », a souligné le secrétaire général de la CNUCED. Et Mukhisa Kituyi d’enchaîner : « Une meilleure reprise doit être verte, résiliente, juste et numérique — mais elle doit aussi l’être pour tous les peuples et tous les pays, et pas seulement pour ceux qui peuvent se le permettre », lit-on dans un texte de l’Agence France-Presse.

L’on voit dans ces citations à la fois la nécessaire action devant les dommages causés par la pandémie sur les économies locales, sur les chaînes d’approvisionnement et devant les ratés de la mondialisation, et l’urgence tout aussi immédiate de répondre au défi climatique. Or, si de nombreuses études sont venues confirmer l’adéquation entre ces deux grands impératifs, voire démontrer les avantages économiques de la transition énergétique permettant la décarbonation, la concertation fait toujours défaut. C’est, d’ailleurs, le constat des insuccès de toutes ces Conférences internationales sur les changements climatiques qui se sont succédé depuis au moins 1972.

Depuis juin, les données publiées ne cessent d’illustrer cette absence de mobilisation. Une analyse du site Carbon Brief se réjouissait de voir que la capacité mondiale de production d’électricité par les centrales à charbon avait reculé au premier semestre 2020 sous le coup de la pandémie, mais aussi du renforcement des restrictions. Mais pour constater que le développement de nouvelles centrales thermiques est principalement concentré en Chine tandis que les retraits se situent essentiellement en Europe. Reprenant les chiffres du Global Coal Plant Tracker, 189,8 gigawatts de capacité de production sont encore en construction, et 331,9 autres gigawatts sont en projet, ajoute l’étude, soupçonnant la Chine d’accroître la production de charbon afin de relancer son économie.

En juin, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables faisait la démonstration qu’une relance post-COVID-19 axée sur la transition, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables ne s’oppose pas à l’urgence d’une reprise économique aux retombées immédiates. Le moment est d’autant plus propice que les innovations technologiques, les économies d’échelle, un meilleur savoir-faire et des coûts de financement plutôt bas ont rendu la production d’énergies renouvelables concurrentielle, soulignait le rapport de quelque 150 pages.

Une envolée qu’est venu tempérer le réseau d’experts REN21. « Les énergies renouvelables se sont certes fait une place dans le secteur de l’électricité (avec une part de 26 %), mais restent encore marginales dans la production de chaleur et de froid (10 %) et, plus encore, dans les transports (3 %) », écrivait-il en juin.

Jean-Marie Dauger, président du Conseil mondial de l’énergie, a rappelé l’existence d’« un paradoxe ». « Si les compagnies pétrolières ont tout intérêt à s’impliquer dans la décarbonation, y compris de leurs propres usages […], dans le même temps, avec tous les scénarios qu’on peut faire, le pétrole, et les hydrocarbures de façon générale, couvre encore près des deux tiers des besoins à l’horizon 2040, voire 2050. » Au même moment, l’Organisation de coopération et de développement économiques déplorait que le soutien direct et indirect à la production d’énergies fossiles fût en hausse de 38 % en 2019 dans 44 économies avancées et émergentes.

Encore beaucoup de contradictions.

Si les compagnies pétrolières ont tout intérêt à s’impliquer dans la décarbonation, y compris de leurs propres usages […], dans le même temps, avec tous les scénarios qu’on peut faire, le pétrole, et les hydrocarbures de façon générale, couvre encore près des deux tiers des besoins à l’horizon 2040, voire 2050


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