Kodak dans le viseur des autorités

Kodak a partagé des informations au sujet du prêt avec des journalistes la veille de l’annonce officielle, faisant ainsi fuiter la nouvelle et bondir le titre à Wall Street.
Photo: David Becker Getty Images via Agence France-Presse Kodak a partagé des informations au sujet du prêt avec des journalistes la veille de l’annonce officielle, faisant ainsi fuiter la nouvelle et bondir le titre à Wall Street.

Le groupe Eastman Kodak se retrouve sous le feu des projecteurs après l’annonce fin juillet d’un prêt du gouvernement américain de 765 millions de dollars censé l’aider à se lancer dans la fabrication d’ingrédients pharmaceutiques, qui avait fait bondir fortement son action.

Une enquête a notamment été ouverte par plusieurs responsables démocrates de la chambre des Représentants, ont-ils annoncé mercredi dans un communiqué. Kodak, remarquent-ils, a été choisi pour fabriquer jusqu’à 25 % des principes actifs nécessaires à la préparation des médicaments génériques produits aux États-Unis alors même que la société « était au bord de la faillite en 2012 » et « a échoué dans ses précédentes incursions sur le marché pharmaceutique ».

Ils demandent donc à la DFC, l’agence qui a accordé le prêt au titre d’une loi permettant au gouvernement fédéral de mobiliser le secteur industriel privé pour les besoins de la sécurité du pays, de fournir tous ses échanges avec Kodak.

Selon le Wall Street Journal, le gendarme américain des marchés financiers, la SEC, a aussi lancé sa propre enquête sur la façon dont Kodak avait annoncé le prêt le 28 juillet. Le groupe a en effet partagé des informations avec des journalistes locaux la veille de l’annonce officielle, faisant ainsi fuiter la nouvelle et bondir le titre à Wall Street. L’action est passée de 2,62 $US la veille de l’officialisation à 7,94 $US le jour même et jusqu’à 33,20 $US le lendemain. Elle évolue actuellement autour de 15 $US.

Sans confirmer si la SEC avait bien ouvert une enquête, son président Jay Clayton a rappelé sur Fox News que les entreprises cotées se devaient de diffuser « d’une façon équitable et complète » les informations susceptibles de faire bouger l’action. Alors que les recherches sur les vaccins et les traitements contre la COVID-19 se multiplient, cette exigence s’applique particulièrement en ce moment à l’industrie pharmaceutique, a-t-il souligné.

Le président américain, qui s’était chaudement félicité du prêt accordé à Kodak la semaine dernière, a pour sa part affirmé mardi soir auprès de journalistes ne pas être au courant des détails de l’accord. Mais, a-t-il ajouté, « on va regarder de plus près » et « s’il y a eu un quelconque souci, on vous le fera savoir très rapidement ».

Kodak n’avait pas dans l’immédiat répondu aux sollicitations de l’AFP.

Le projet représente un nouveau revirement pour le groupe, créé en 1888 et surtout connu pour ses pellicules. Faute d’avoir pris à temps le virage de la photographie numérique, le fabricant avait déposé le bilan début 2012 avant de se recentrer sur les services d’impression et d’emballage et sur certains produits chimiques et films à usage industriel.

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