La Suède s’en sort mieux qu’ailleurs en Europe

Contrairement au reste de l’Europe, la Suède a maintenu ouverts cafés, bars, restaurants et entreprises.
Photo: Henrik Montgomery Agence France-Presse Contrairement au reste de l’Europe, la Suède a maintenu ouverts cafés, bars, restaurants et entreprises.

La Suède a annoncé mercredi un plongeon record de plus de 8 % de son PIB au deuxième trimestre, même si le pays nordique, qui a choisi de ne pas confiner sa population face à l’épidémie de COVID-19, s’en sort mieux qu’ailleurs en Europe.

Entre avril et juin, l’économie suédoise s’est contractée de 8,6 % par rapport au premier trimestre, et de 8,2 % en glissement annuel, selon une première estimation publiée par l’institut des statistiques SCB. Selon la dernière prévision du gouvernement en juin, la Suède prévoit une chute de 6 % de son PIB pour l’ensemble de l’année, la plus lourde depuis 1940.

« La forte contraction de l’économie suédoise au deuxième trimestre montre qu’elle n’est pas immune à la COVID, malgré le confinement léger qui a beaucoup fait parler. Néanmoins, le plongeon économique du premier semestre la place dans une meilleure division que l’horreur observée ailleurs en Europe », résument mercredi les analystes de Capital Economics.

La zone euro, dont la Suède ne fait pas partie, a elle été frappée par un recul de 12,1 % de son PIB, plombée par les plongeons encore plus importants des économies française, italienne et espagnole. La première économie européenne, l’Allemagne, a elle un peu mieux résisté (-10,1 %).

6%
C’est la chute du PIB que prévoit le gouvernement pour l’ensemble de l’année, la plus lourde depuis 1940.

Contrairement aux dispositifs imposés dans le reste de l’Europe, la Suède n’a pas confiné sa population et a maintenu ouverts cafés, bars, restaurants et entreprises, demandant à chacun de « prendre ses responsabilités » — ce qui a suffi à entraîner de fortes baisses de fréquentation.

Les autorités suédoises ont toujours insisté sur le fait que leur stratégie ne visait pas à défendre l’économie, mais avait des objectifs sanitaires. Le bilan est contestable : avec plus de 5700 morts et 80 000 cas, la Suède est parmi les pays les plus touchés proportionnellement à sa population.

Certains p.-d.g. suédois ont estimé ces dernières semaines que la stratégie avait aidé l’économie à résister, mais les économistes sont eux prudents. « Je ne crois pas que la stratégie puisse expliquer les écarts d’évolution du PIB entre la Suède et les autres pays », souligne John Hassler, économiste à l’Université de Stockholm. « Je pense que c’est plus lié à la structure des secteurs dans les différentes économies », souligne-t-il.

Les pays voisins

La Suède, pays exportateur, souffre des coups de frein du commerce mondial. Mais la faible importance pour son économie du tourisme, le secteur sans doute le plus touché par la crise de la COVID, l’a protégé davantage que les pays du sud de l’Europe par exemple. En outre, les pays voisins de la Suède, comme la Norvège, le Danemark ou la Finlande, pourraient limiter la casse autant, voire plus que leur « grand frère » nordique, vu qu’ils ont pris des mesures plus strictes.

Les trois pays publient leur chiffre de PIB vers la fin du mois. La Norvège s’attend à une baisse de son PIB de 3,5 % et le Danemark de 4,1 %, selon leurs banques centrales.

Le recul suédois annoncé mercredi est légèrement plus fort que ce qu’attendaient les analystes, qui prévoyaient une chute aux alentours de 7 %.

Sous l’effet du coup de frein économique, le chômage s’est envolé en juin au plus haut depuis 1998, à 9,4 %. Le chômage des 16-24 ans a notamment bondi à 28 %, contre 20,4 % en janvier.

Néanmoins, la porte reste ouverte à un rebond rapide, selon plusieurs économistes. « Je pense que l’économie pour l’instant n’a pas été abîmée de façon permanente, en Suède comme ailleurs en Europe. Au final, je suis assez surpris de voir que 85 % ou 90 % du PIB est encore là avec tout ce qui s’est passé », souligne John Hassler.

Au premier trimestre, la Suède était restée dans le vert (+ 0,1 %) et n’est donc pas techniquement entrée en récession, définie par deux trimestres consécutifs de baisse.

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