Les grands patrons appellent Washington à venir au secours des petites entreprises

La Maison-Blanche et le Congrès américain tentaient toujours lundi de se mettre d’accord sur les aides supplémentaires à apporter aux millions de chômeurs.
Photo: Paul Sancya Associated Press La Maison-Blanche et le Congrès américain tentaient toujours lundi de se mettre d’accord sur les aides supplémentaires à apporter aux millions de chômeurs.

Près d’une centaine de patrons de multinationales américaines comme Walmart, Microsoft ou Merck, et de fédérations professionnelles ont adressé lundi une lettre aux représentants américains les exhortant à se mettre rapidement d’accord sur un nouveau plan d’aide aux petites entreprises.

La lettre prédit « une vague de fermetures définitives » si rien n’est fait d’ici début septembre et « un effet domino sur les emplois détruits » au passage « potentiellement catastrophique » d’ici la fin de l’année.

« Nous savons que les petites entreprises sont essentielles à la santé économique et sociale de notre pays », est-il écrit dans la lettre rédigée par le fondateur et ancien p.-d.g. de Starbucks Howard Schultz : elles emploient près de la moitié des salariés du secteur privé et produisent 44 % du PIB américain.

Nombre d’entre elles, en particulier dans les secteurs du commerce, de la restauration ou des consultants, sont au bord de la faillite après les mesures de restriction imposées par les autorités pour tenter d’enrayer la propagation de la COVID-19.

Dans le cadre d’un gigantesque plan de relance de l’économie américaine mis sur pied au printemps, quand l’activité s’est quasiment arrêtée, le Congrès et le gouvernement de Donald Trump ont accordé plus de 521 milliards de dollars de prêts aux petites et moyennes entreprises. Mais ce programme, baptisé « Paycheck Protection Program » ou PPP, arrive à sa fin. « Une nouvelle série de PPP aiderait certainement nombre de ces entreprises, mais les secteurs les plus touchés vont avoir besoin d’un soutien plus important et prolongé dans le temps », soulignent-ils dans la lettre.

44%
C’est le taux du PIB américain produit par les petites entreprises, qui emploient près de la moitié des salariés du secteur privé.

« Même si notre pays est en train de rouvrir, cela n’a rien d’un retour à une situation normale, et beaucoup d’entreprises vont devoir fermer de nouveau. La plupart des petites entreprises n’ont pas assez d’argent à la banque pour faire face à plusieurs mois de chiffre d’affaires et de clientèle réduits », ajoutent-ils.

Aide supplémentaire en suspens

La Maison-Blanche et le Congrès américain tentaient toujours lundi de se mettre d’accord sur les aides supplémentaires à apporter aux millions de chômeurs et à une économie qui oscille entre activité en hausse et pessimisme lié à la résurgence du virus.

« Nous faisons face à une situation d’urgence », a martelé la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, sur CNN lundi. Le chef de cabinet de Donald Trump, Mark Meadows, n’est « pas optimiste » sur la possibilité de voir un accord « à court terme », avait-il dit la veille sur CBS.

Une nouvelle réunion a commencé lundi en début d’après-midi entre la Maison-Blanche et les deux chefs démocrates du Congrès : Nancy Pelosi côté Chambre des représentants et Chuck Schumer au Sénat. Au cœur des désaccords : une allocation de chômage de 600 $US par semaine, versée par le gouvernement fédéral en plus de l’allocation traditionnelle distribuée par chacun des 50 États.

Pour certains républicains, ce chèque généreux décourage les chômeurs de chercher un emploi. Les démocrates pourraient accepter une somme moindre, mais pas aussi basse que les 200 $US proposés jusqu’ici par le parti de Donald Trump. « Des millions de personnes auraient pu tomber dans la pauvreté sans les 600 $US », a lancé Nancy Pelosi sur CNN.

Cette aide a pris fin le 31 juillet, alors que les États-Unis comptent des millions de nouveaux chômeurs à cause de la pandémie. Les tensions entre les deux camps, à trois mois de l’élection présidentielle, pourraient priver des millions de familles américaines d’une aide cruciale, dans un pays où les allocations de chômage sont versées pendant six mois au maximum.

« Il y a tellement moins d’emplois que de travailleurs disponibles », que ce n’est pas le montant de l’aide qui va pénaliser le retour à l’emploi, a souligné dimanche sur CBS le président de la Réserve fédérale de Minneapolis, Neel Kashkari. « À un moment donné, ce sera un problème. […] À l’heure actuelle, ce n’est pas un élément [qui influence] la macroéconomie aux États-Unis », a-t-il ajouté.

L’activité dans le pays a redémarré à la fin du printemps, lorsque les mesures de confinement ont progressivement été assouplies. Mais une flambée des contaminations a forcé plusieurs États à ralentir les réouvertures, voire à faire marche arrière.

Et il semble parfois difficile de prévoir l’effet de ces nouvelles restrictions. « Malgré de larges indications selon lesquelles l’économie a commencé à se redresser […], des données contradictoires font qu’il est difficile de dire à quel point la reprise se poursuivra », remarquait ainsi lundi la fédération nationale des détaillants. « Selon les données choisies, la réponse n’est pas claire » quant à « la santé de l’économie et des consommateurs », a regretté son chef économiste Jack Kleinhenz dans un communiqué publié lundi.

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