Feu vert pour le rachat par Alstom de Bombardier Transport

Alstom avait notifié mi-juin à Bruxelles le projet de rachat de son concurrent Bombardier Transport pour 6 milliards d’euros, une opération qui doit être finalisée au premier semestre 2021.
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Alstom avait notifié mi-juin à Bruxelles le projet de rachat de son concurrent Bombardier Transport pour 6 milliards d’euros, une opération qui doit être finalisée au premier semestre 2021.

La Commission européenne a autorisé vendredi, sous conditions, le rachat par Alstom de la branche transport de Bombardier, qui donnera naissance à un géant du rail, un an et demi après le mariage avorté du groupe français avec Siemens. Le nouvel ensemble emploie (avant les cessions concédées pour satisfaire Bruxelles) environ 76 000 salariés pour un chiffre d’affaires de 15,5 milliards d’euros. Il a l’objectif de concurrencer le chinois CRRC, numéro un mondial du secteur.

« Grâce à l’ensemble complet de mesures correctives proposé pour résoudre les problèmes de concurrence dans les secteurs des trains à très grande vitesse, des trains de grande ligne et de la signalisation grandes lignes, l’opération a pu être examinée et autorisée rapidement par la Commission », s’est félicitée la vice-présidente de l’exécutif européen, Margrethe Vestager.

Afin de laisser de la place à ses rivaux, Alstom a proposé plusieurs engagements à la Commission européenne, gardienne de la concurrence en Europe, notamment la cession de son site de production de Reichshoffen, situé en Alsace, qui emploie 780 salariés. Les deux groupes disposent d’un quasi-monopole sur le matériel roulant en France.

La menace de la concurrence chinoise avait déjà été évoquée pour justifier la reprise d’Alstom par Siemens, une opération qui avait été bloquée en février 2019 par la Commission. Bruxelles craignait une position trop dominante en Europe dans la signalisation ferroviaire et les trains à grande vitesse. L’UE ne doit pas aider à la constitution de champions industriels « biberonnés et chouchoutés », mais laisser la concurrence stimuler leur création, avait répondu Mme Vestager à ceux qui avaient contesté sa décision, notamment en France. Les chevauchements d’activité d’Alstom avec Bombardier étaient, de fait, beaucoup moins grands qu’avec le groupe allemand, ce qui a facilité l’approbation de l’opération.

Basé à Berlin, Bombardier Transport a réalisé en 2019 un chiffre d’affaires de 8,3 milliards $US, terminant l’année avec un carnet de commandes de 35,8 milliards. De son côté, Alstom a bouclé son exercice 2019-2020 (clos fin mars) avec un chiffre d’affaires en légère progression, à 8,2 milliards d’euros.

Annoncée en février, la vente de Bombardier Transport à Alstom place la Caisse de dépôt et placement, alors actionnaire à 32,5 % de Bombardier Transport, au cœur du capital de la compagnie française, où son bloc évalué à 18 % en fera l’actionnaire principal du deuxième acteur mondial dans le transport intégré. Ce bloc lui donne le droit de nommer deux personnes à son conseil d’administration en plus d’un observateur.

La transaction évaluant la division Transport de Bombardier à 8,2 milliards $US devait permettre à Bombardier de réduire sa dette, estimée à 9,3 milliards, en se concentrant uniquement sur les avions d’affaires. Le produit final pour la compagnie montréalaise était évalué entre 4,2 et 4,5 milliards, comprenant un demi-milliard en actions d’Alstom.

Alstom s’est engagée à faire de Montréal le siège des activités pour les Amériques et à mettre sur pied un « centre d’excellence pour la conception et l’ingénierie, ainsi que pour les activités de R & D de haute technologie ».

Avec Le Devoir

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