​Analyse: à vitesse grand V dans la récession profonde

Le plongeon de l’activité économique est 2,5 fois plus important que celui de la crise de 2008-2009.
Photo: Nam Y. Huh Associated Press Le plongeon de l’activité économique est 2,5 fois plus important que celui de la crise de 2008-2009.

Les dernières statistiques projettent dans le rétroviseur une vision asymétrique du poids économique de la pandémie. Cette récession atypique a beau distribuer son fardeau de façon inégale d’une industrie à l’autre, la facture finale restera un bond de l’endettement public dont une atténuation du choc viendra de l’accès au crédit à faible taux d’intérêt.

Les données venues de l’Allemagne et des États-Unis ont de quoi étourdir. Recul de 10,1 % du PIB au deuxième trimestre pour la plus grande économie européenne, de 32,9 % pour la plus grande économie de la planète selon une première estimation. Le plongeon du tiers du PIB aux États-Unis au taux annualisé suit celui de 5 % inscrit au premier trimestre. L’on parle donc d’un recul de 9,5 % d’avril à juin par rapport à il y a un an. D’une chute de 10,6 % du sommet au creux au premier semestre de 2020, calcule Oxford Economics.

Si l’ampleur surprend, la vitesse donne le vertige. Le plongeon de l’activité économique est 2,5 fois plus important que celui de la crise de 2008-2009, et ce, en seulement deux mois, contre 18 mois lors de ce qui fut appelé la Grande Récession.

Aéronautique, tourisme, automobile, pétrole… Les pertes trimestrielles sont qualifiées d’abyssales. De 8,4 milliards pour la française Total, de 18,1 milliards pour la britannique Shell, donne-t-on en exemple. Dans l’aéronautique ? Des pertes de 1,9 milliard d’euros au premier semestre pour Airbus, de 2,4 milliards de dollars pour Boeing au deuxième trimestre. Dans l’automobile ? Une perte semestrielle historique de 7,3 milliards d’euros pour le français Renault, de 1,4 milliard pour l’allemand Volkswagen.

Sans compter les pertes d’emplois annoncées. De 175 000, au cumul, chez les grandes compagnies aériennes, de 57 000 chez les géants de l’aéronautique, de 34 000 chez les grands de l’automobile.

Si les dégâts causés par la pandémie sont énormes pour certains, à l’opposé, l’agroalimentaire se porte plutôt bien avec, par exemple, un bénéfice net semestriel en hausse de 18 % pour le géant suisse Nestlé. Alors que c’est direction « stratosphère » pour les géants du Net, avec un doublement du bénéfice net au deuxième trimestre pour Amazon et Facebook.

Revenant à la performance de l’économie américaine au deuxième trimestre, la firme de recherches Oxford décortique l’impact de la pandémie et de la réponse sous forme de confinement et de mise en pause de pans complets de l’économie selon les grands composants du PIB.

Les dépenses de consommation ont plongé de 35 %, les investissements des entreprises, de 27 %, les investissements résidentiels, de 39 %, les importations, de 53 % et les exportations, de 64 %. Seule augmentation : les dépenses gouvernementales — surtout fédérales — de 2,7 %, qui coïncident avec le lancement du plan de soutien.

Transferts gouvernementaux

Un plan de soutien que vient expliquer une poussée de 33 % du revenu personnel disponible des ménages, « sous le coup de généreux transferts gouvernementaux », ont écrit jeudi les économistes de la Banque Nationale Matthieu Arseneau et Jocelyn Paquet. Avec les occasions limitées de dépenses, le taux d’épargne a bondi à 25,7 % du revenu disponible.

« L’augmentation de l’épargne de 3100 milliards $US durant le trimestre représente deux fois la baisse des dépenses de consommation » (1500 milliards), mentionnent-ils.

Une facture qu’il faudra collectivement payer. Pour 14 grandes économies développées, l’agence de notation Moody’s prévoit un ratio dette/PIB en hausse moyenne de 19 points de pourcentage, soit grosso modo le double de l’augmentation observée lors de la crise financière de 2008.

Le déficit moyen devrait s’accroître de 8 points de pourcentage alors que la chute du PIB nominal ajoutera quelque cinq points au fardeau de la dette.

Un poids qui, faible consolation, s’en trouvera adouci par un accès accru au crédit découlant de la faiblesse des taux d’intérêt et d’une politique monétaire toujours accommodante, disait Moody’s jeudi.

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