Le prix de la crise pour les finissants

Selon l'étude de Statistique Canada, les nouveaux diplômés du baccalauréat accuseront les pertes les plus élevées.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Selon l'étude de Statistique Canada, les nouveaux diplômés du baccalauréat accuseront les pertes les plus élevées.

La crise économique provoquée par l’épidémie de coronavirus pourrait priver les nouveaux diplômés d’un total allant d’à peine quelques milliers de dollars à près de 25 % de ce qu’ils auraient gagné autrement au cours des cinq prochaines années, selon la gravité de la situation, leur niveau d’études ou le fait d’être un homme ou une femme, rapporte une étude. Mais dans tous les cas, les dommages devraient s’effacer avec le temps et le spectre d’une « génération perdue » ne devrait pas être à craindre.

Quel impact à long terme aura la crise sur les étudiants qui obtiendront leurs diplômes et entameront leur carrière cette année ? Si le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans se maintient cette année aux alentours de son niveau du mois de juin (27,5 %) et que le retour à la normale suit les tendances des 30 dernières années, ils se retrouveront, dans 5 ans, avec un total de 23 000 $ à 44 000 $ de moins dans leurs poches, a calculé une étude de Statistique Canada dévoilée mardi. Comme leurs revenus seront aussi plus importants, les nouveaux diplômés du baccalauréat accuseront les pertes les plus élevées, mais ce sont les nouveaux travailleurs diplômés du secondaire qui essuieront proportionnellement les pertes cumulées les plus lourdes, soit jusqu’à un quart (25 %) de ce qu’ils auraient gagné autrement.

Est-ce parce que les femmes étudient et font carrière dans des secteurs plus exposés aux cycles économiques que les tendances depuis 1980 suggèrent qu’elles seraient plus frappées que les hommes, notamment les plus diplômées dont les pertes de revenus pourraient être proportionnellement presque du double (21 % contre 12 %) ?

Tous ces impacts seront réduits si la situation de l’emploi s’avère moins désastreuse, explique l’étude de Statistique Canada. Si le taux de chômage, cette année, revenait à ce qui avait été son sommet historique jusque-là, soit une moyenne de 19 %, les pertes totales de revenus iraient, par exemple, de 8 000 $ à 15 000 $, alors qu’elles seraient inférieures à 6000 $ sur cinq ans si le taux de chômage moyen diminuait à 16 %.

Tout cela ne se veut pas des prédictions, mais des simulations, a expliqué en entretien téléphonique au Devoir l’un des coauteurs de l’étude, Marc Frenette. On ne sait pas encore comment cette crise économique hors de l’ordinaire tournera, ni quel effet auront des facteurs comme l’aide financière d’urgence des gouvernements, l’obligation de recourir à la formation à distance ou l’accélération de la transition vers le télétravail et l’automatisation.

« C’est sûr qu’à court ou moyen terme, la nouvelle cohorte de diplômés risque de porter les marques financières de la crise, observe l’économiste et chercheur. Mais plus on les suivra longtemps, plus on devrait les voir rattraper leur retard et converger vers la trajectoire des autres cohortes qui sont entrées avant ou après eux sur le marché du travail. »

Générations perdues ?

Les travaux d’autres experts et ses propres recherches tendent, en effet, à écarter cette idée, encore évoquée par certains ces derniers mois, que le fait d’entrer sur le marché du travail en pleine crise économique puisse constituer un tel handicap qu’il plombe ensuite toute la carrière professionnelle de ces « générations perdues ».

Dans une autre étude qu’il a réalisée l’an dernier pour Statistique Canada, Marc Frenette a par exemple montré que les finissants de 1991 et de 2001 avaient eu, sur 15 ans, des trajectoires similaires bien que les premiers, contrairement aux deuxièmes, aient commencé leur carrière en pleine récession. Mais ce que cela montre surtout, dit-il, ce sont les bénéfices financiers à long terme d’avoir terminé des études postsecondaires.

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