Le tourisme mondial en crise profonde

Des passagers font la file à l’aéroport Barajas Adolfo Suarez de Madrid, la ville où se situe le siège de l’Organisation mondiale du tourisme.
Photo: Gabriel Bouys Agence France-Presse Des passagers font la file à l’aéroport Barajas Adolfo Suarez de Madrid, la ville où se situe le siège de l’Organisation mondiale du tourisme.

Le tourisme mondial est en crise profonde. Les pertes causées par la pandémie multiplient désormais par trois celles subies lors de la grande récession de 2008-2009. Et on ne voit désormais pas de retour au niveau d’activité pré-pandémie avant 2024 dans le secteur aérien.

Dans sa dernière édition du Baromètre mondial du tourisme, l’OMT chiffre à 98 % la baisse du nombre de touristes internationaux en mai en raison de la fermeture quasi complète des marchés. Le Baromètre montre également une baisse de 56 % d’une année sur l’autre des arrivées de touristes entre janvier et mai, ajoute l’Organisation mondiale du tourisme, qui chiffre à 300 millions la chute de touristes et à 320 milliards $US le recul des recettes touristiques internationales afférentes, soit « plus de trois fois la perte de la crise économique mondiale de 2009 ».

L’organisation spécialisée des Nations unies parle d’un timide redémarrage, limité par la résurgence de cas de COVID-19 à plusieurs endroits dans le monde. Elle note « un changement progressif et prudent de tendance, notamment dans l’hémisphère Nord et en particulier à la suite de l’ouverture des frontières au-delà de l’espace Schengen de l’Union européenne le 1er juillet. Mais la chute de son indice de confiance reste à des niveaux record, tant pour l’évaluation de la période janvier-avril 2020 que pour les perspectives pour mai-août.

98%
C’est la baisse du nombre de touristes internationaux en mai, selon l’Organisation mondiale du tourisme.

Les freins à une reprise ou les risques à la baisse demeurent nombreux, l’OMT évoquant les restrictions de voyage et les fermetures de frontières toujours en place dans la plupart des destinations, les préoccupations de sécurité associées aux voyages, le recrudescence de la pandémie et les risques de nouveaux blocages, couvre-feux ou quarantaines. S’y ajoutent les États-Unis et la Chine au neutre, ces pays étant des sources principales de touristes internationaux. « Ces dernières données montrent clairement l’importance de relancer le tourisme dès qu’il est sûr de le faire. La chute spectaculaire du tourisme international met en péril des millions de moyens de subsistance, y compris dans les pays en développement », insiste l’Organisation.

Dans ses estimations de mai, l’OMT prévoyait une chute de 60 à 80 % du nombre des touristes internationaux pour l’année 2020, avec des pertes de recettes pouvant atteindre au total 910 à 1200 milliards et la « la mise en danger de 100 à 120 millions d’emplois directs dans le tourisme », rappelle l’Agence France-Presse.

Trafic aérien en berne

Le transport aérien, l’une des grandes composantes de l’industrie touristique, subit de plein fouet cette situation de crise. Dans ses prévisions mises à jour mardi, l’Association internationale du transport aérien (IATA, en anglais) repousse d’un an, à 2024, sa cible de retour au niveau d’activités pré-pandémie.

Partant d’un creux touché en avril, la reprise du trafic passagers se veut plus lente que prévu. Ce trafic, tel que mesuré en kilomètres-passagers payants, restait tout de même en baisse de 86,5 % par rapport à la période de l’année précédente, à peine mieux que le plongeon de 91 % mesuré en mai. « Cela a été motivé par la hausse de la demande sur les marchés intérieurs, en particulier en Chine », souligne l’IATA.

Par segment, la demande de trafic intérieur a chuté de 67,6 % en juin par rapport à juin 2019, après une baisse de 78,4 % en mai, forçant une diminution de 55,9 % de la capacité. Pour sa part, le trafic international de juin a diminué de 96,8 % et ne s’est que légèrement amélioré comparativement à une baisse de 98,3 % en mai, d’une année sur l’autre. La capacité était en recul de 93,2 % sur ces routes.

Bien que les économies développées en dehors des États-Unis aient largement réussi à contenir la propagation du virus, de nouvelles flambées se sont produites ici et là. En outre, il y a peu de signes d’endiguement du virus aux États-Unis et dans nombre d’économies émergentes importantes, revendiquant ensemble environ 40 % des marchés mondiaux du transport aérien, déplore l’IATA.

Demande refoulée

L’Association, qui regroupe 290 compagnies aériennes revendiquant 82 % du trafic aérien mondial, évoque l’existence d’une demande refoulée pour les visites d’amis et de parents et les voyages d’agrément. Les compagnies aériennes doivent cependant conjuguer avec une nouvelle conjoncture touchant les voyages d’affaires.

« On s’attend à ce que les budgets des voyages d’entreprise soient très limités à mesure que les entreprises continuent d’être soumises à des pressions financières […] En outre, bien que la croissance historique du PIB et le transport aérien aient été fortement corrélés, les enquêtes suggèrent que ce lien s’est affaibli, en particulier en ce qui concerne les voyages d’affaires, car la vidéoconférence semble avoir fait des percées importantes en tant que substitut aux réunions en personnes. »

Dans ces dernières projections, l’IATA s’attend à une demande en baisse de 54 % en 2020, entraînant une réduction de moitié des revenus des compagnies aériennes, soit de 419 milliards $US, et des pertes totales de 84,3 milliards.

Manque à gagner

L’ONU publiait début juillet des scénarios faisant ressortir un manque à gagner allant de 1200 à 3300 milliards pour le tourisme et les secteurs liés — tels les hôtels, les restaurants et les fournisseurs de produits et services — découlant des restrictions liées à la COVID-19. La Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement rappelait alors que le tourisme représentait environ 300 millions d’emplois dans le monde en 2019.

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