Après le choc de la COVID-19 viendra celui de l’automatisation

Les événements contribueront  à accélérer l’adoption  des robots,  de l’intelligence artificielle et autres nouvelles technologies d’automatisation.
Getty Images/iStockphoto Les événements contribueront à accélérer l’adoption des robots, de l’intelligence artificielle et autres nouvelles technologies d’automatisation.

Tout porte à croire que le choc économique provoqué par la pandémie de coronavirus accélérera l’adoption des nouvelles technologies d’automatisation. Or, les travailleurs les plus durement touchés risquent fort d’être généralement les mêmes dans les deux cas.

Tout le monde semble apparemment convenir, aujourd’hui, que le monde du travail ne sera plus jamais le même après la COVID-19. Les mesures de confinement auraient, par exemple, été une sorte d’épiphanie pour les entreprises en matière notamment de télétravail et de commerce électronique, à tel point qu’un retour en arrière serait plus qu’improbable.

Il ne suffit pas qu’une nouvelle technologie soit disponible pour qu’elle soit adoptée, expliquait, le mois dernier, une étude de l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP)sur les répercussions de l’automatisation au Canada. Cela dépend aussi des capacités financières des entreprises, des cadres réglementaires, des conventions collectives, de l’attitude des clients, ainsi que du contexte social et économique.

Ainsi, il est plus que probable que les événements contribueront, non seulement à accélérer l’adoption, par les entreprises, du télétravail et du commerce électronique, mais aussi des robots, de l’intelligence artificielle et autres nouvelles technologies d’automatisation, avançait jeudi un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur l’avenir du monde du travail au Canada. La reprise économique s’annonce longue et difficile, et l’histoire a montré que les récessions et la lutte pour la survie sont de puissants moteurs de changements et d’innovations. De plus, comme les règles de distanciation sociale ne sont pas près d’être levées, on voudra compenser les travailleurs en moins dans les usines par des machines au moment même où les clients, eux aussi, seront de plus en plus disposés (et demanderont même) à interagir avec des machines plutôt que des personnes.

Portrait-robot

On a longtemps cherché à dresser la liste des emplois les plus menacés par l’automatisation, disent les experts. On réalise aujourd’hui que plutôt que d’emplois appelés à disparaître, il faudrait parler d’emplois amenés à changer de l’intérieur, les tâches routinières, répétitives et stéréotypées pouvant être laissées aux machines contrairement à celles qui nécessitent des habiletés sociales, la solution de nouveaux problèmes, de la créativité et de la capacité d’adaptation.

Selon l’étude de l’lRPP, seulement 11 % des travailleurs canadiens auraient plus de 70 % de risques de voir leurs emplois ainsi transformés contre 29 % de travailleurs exposés à un risque plus modéré (entre 50 % et 70 % de risque).

Aux premiers rangs des travailleurs les plus exposés, on trouve les moins scolarisés (33 % de risques élevés pour les travailleurs sans diplôme contre 3,6 % pour les détenteurs d’un baccalauréat), les travailleurs les moins bien payés (27 % pour le décile inférieur contre 2 % pour le décile supérieur), ainsi que ceux travaillant dans les secteurs manufacturiers (27 %), de l’hôtellerie et restauration (15 %), du transport (14,5 %) et du commerce de détail (13,4 %).

Si la tendance se maintient

Mis à part quelques exceptions (présence du secteur manufacturier et absence des femmes), ce portrait présente une troublante similitude avec celui des principales victimes de l’actuelle crise de la pandémie dans le marché du travail au Canada.

Pour les aider à s’adapter à cet autre choc qui les attend peut-être même avant la fin de la crise en cours, l’OCDE met essentiellement de l’avant l’importance de la formation en matière de connaissances, mais aussi de compétences. Si la proportion de détenteurs de diplôme d’études post-secondaires chez les 25-64 ans se révèle beaucoup plus élevée au Canada (58 %) que la moyenne des pays industrialisés (37 %) et que les deux tiers des adultes auraient bénéficié d’une forme ou d’une autre de formation d’appoint en 2016, les travailleurs moins scolarisés, moins bien payés ou plus âgés font encore une fois office de parents pauvres, y compris en comparaison de la moyenne de l’OCDE.

Comme plusieurs autres pays, le Canada était déjà aux prises avec une disparition graduelle des emplois de classe moyenne occupés par des travailleurs moyennement ou faiblement formés, rapporte l’OCDE. Si rien ne change, il verra la pandémie et l’accélération de l’automatisation creuser encore plus les écarts de niveaux de vie entre les travailleurs bien formés et bien payés et tous les autres.

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