Des taux d’intérêt au plancher au moins jusqu’en 2022

Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a présidé sa première réunion de politique monétaire depuis qu’il a succédé à Stephen Poloz au début du mois dernier.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a présidé sa première réunion de politique monétaire depuis qu’il a succédé à Stephen Poloz au début du mois dernier.

Qu’on ne s’y trompe pas. Une fois le premier rebond de l’économie passé, la reprise sera lente, inégale et exposée à des rechutes causées par la pandémie de coronavirus, prévient le Banque du Canada, qui signale du même coup son intention de garder ses faibles taux d’intérêt encore longtemps.

La banque centrale n’a étonné personne, mercredi, en laissant son taux directeur à ce qu’elle considère comme son niveau plancher, c’est-à-dire 0,25 %. Elle est toutefois allée un plus loin dans l’assouplissement de sa politique monétaire en indiquant que le loyer de l’argent au pays ne commencera à remonter que lorsque l’économie aura largement rattrapé son retard accumulé à cause de la crise provoquée par la pandémie de COVID-19, soit vraisemblablement pas avant quelque part en 2022.

« Mon principal message aux Canadiens est que les taux d’intérêt sont très bas et qu’ils le resteront encore très longtemps », a résumé le nouveau gouverneur de l’institution, Tiff Macklem, lors d’une téléconférence de presse.

Fidèle à la règle de conduite qu’elle s’est fixée depuis le début de la crise « en raison de l’extrême incertitude » de la situation, la Banque a renoncé à établir des prévisions économiques en bonne et due forme dans le portrait de la situation qu’elle dresse dans l’édition estivale de son Rapport sur la politique monétaire, optant plutôt pour un « scénario intermédiaire » censé refléter « un juste milieu entre la probabilité que les meilleures et les pires issues possibles se concrétisent ».

Mon principal message aux Canadiens est que les taux d’intérêt sont très bas et qu’ils le resteront encore très longtemps

En vertu de ce scénario, un peu moins de la moitié (40 %) de la vertigineuse dégringolade de 15 % que la pandémie et les mesures de confinement des gouvernements ont infligée à l’économie canadienne entre le début de l’année et le creux de la crise en avril aura déjà été effacée à la fin du mois de septembre à la faveur du déconfinement et des politiques d’aide « vigoureuses » des pouvoirs publics. Les scénarios « les plus pessimistes » évoqués par la Banque dans son rapport du mois d’avril auraient ainsi été évités, a fait valoir celui qui venait de présider sa première réunion de politique monétaire depuis qu’il a succédé à Stephen Poloz au début du mois dernier. Mais cette reprise « exceptionnellement forte pendant la réouverture [de l’économie] sera probablement suivie d’une récupération plus lente et inégale ».

Un chemin encore long

C’est que les politiques de confinement n’expliquent qu’environ 60 % du choc asséné à l’économie, estime la Banque du Canada. L’impact de la pandémie sur la confiance et les comportements des consommateurs et des entreprises, quant à lui, mettra du temps à s’atténuer, tout comme les dommages subis par les secteurs économiques les plus exposés, les difficultés de certains travailleurs à retrouver de l’emploi, l’inévitable faillite de plusieurs entreprises et l’effet de la réduction du nombre d’immigrants et d’étudiants étrangers reçus au pays.

Selon le scénario de la Banque du Canada, l’économie canadienne devrait s’être repliée de 7,8 % au terme de l’année en cours, après avoir connu une expansion de 1,7 % l’an dernier et avant de croître de 5,1 %, l’an prochain et de 3,7 % en 2022.

Ce serait mieux que le recul de 8,4 % cette année et le rebond de 4,9 % l’an prochain que lui prédisait le mois dernier le Fonds monétaire international. Mais pour ce faire, précise la Banque, il faudra notamment que le pays évite une deuxième vague de contamination qui forcerait un reconfinement à grande échelle et que la pandémie soit devenue de l’histoire ancienne au plus tard à la mi-2022 à la faveur d’un vaccin ou d’un traitement efficace.

D’ici là, l’inflation devrait se maintenir bien en deçà de la cible de 2 % de la Banque, à 0,6 % en moyenne cette année, 1,2 % l’an prochain et 1,7 % en 2022. Or, la banque centrale « maintiendra [son] taux directeur à sa valeur plancher jusqu’à ce que les capacités excédentaires dans l’économie se résorbent, de sorte que la cible d’inflation de 2 % soit atteinte de manière durable », a annoncé mercredi son gouverneur, ce qui repousserait la hausse des taux d’intérêt au moins jusqu’à 2022.

Nouveaux outils monétaires

Cette indication à long terme fait partie des nouveaux outils d’intervention des banques centrales et ne va pas sans rappeler les jours les plus sombres de la dernière crise financière, alors qu’à défaut de pouvoir réduire encore son taux directeur déjà à 0,25 %, la Banque du Canada s’était engagée, en avril 2009, à le laisser inchangé au moins jusqu’en juillet de l’année suivante.

Autre outil d’intervention alternatif, l’injection massive de liquidités par la Banque du Canada depuis le début de la pandémie était censée servir uniquement à éviter un blocage des marchés financiers. Mais maintenant que cet objectif a été atteint, Tiff Macklem et son institution ne se défendent plus de vouloir procéder à l’instar de la Réserve fédérale américaine ou de la Banque centrale européenne, à de « l’assouplissement quantitatif », en achetant au moins 5 milliards de dollars d’obligations du gouvernement fédéral par semaine afin de tirer vers le bas les coûts du crédit sur les marchés financiers.

Cela tombe bien, le gouvernement Trudeau vient justement d’annoncer qu’il s’attendait à ce que ses politiques d’aide d’urgence portent son déficit à 343 milliards cette année.

« L’économie canadienne a subi un choc historique et la réponse des autorités devait aussi être historique », a déclaré Tiff Macklem.

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