Le différend américain teinte la course à la tête de l’OMC

À compter du 8 septembre, les prétendants à la direction de l’OMC seront éliminés au fur et à mesure selon un mécanisme consensuel qui peut durer près de deux mois.
Fabrice Coffrini Agence France-Presse À compter du 8 septembre, les prétendants à la direction de l’OMC seront éliminés au fur et à mesure selon un mécanisme consensuel qui peut durer près de deux mois.

Trois des huit candidats à la tête de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont présenté mercredi devant les 164 pays membres leur programme pour sortir l’institution de la crise et aplanir le différend avec les États-Unis.

Le Mexicain Jesus Seade Kuri, ancien directeur général adjoint de l’OMC, a été le premier à défendre sa stratégie pour relancer l’institution, aux prises avec d’énormes défis en pleine crise économique mondiale causée par la pandémie de COVID-19.

« Il y a une sérieuse crise en cours… Un manque de confiance absolu entre les délégations », a-t-il pointé.

« Si je pouvais décider, je dirais : “S’il vous plaît, chers membres décidez d’ici ce week-end !” Car nous avons besoin de tout le temps nécessaire pour travailler en vue de la prochaine réunion ministérielle » qui devrait avoir lieu en 2021, a déclaré M. Seade, en appelant les pays à ne pas tenir compte des élections américaines.

Washington a menacé de quitter l’OMC, dont il réclame la refonte, et paralyse depuis décembre le tribunal d’appel de l’organe de règlement des différends (ORD) de l’OMC.

Les États-Unis, s’estimant traités « inéquitablement » par le gendarme du commerce mondial, réclament sa réforme en profondeur, ainsi que le retrait de la Chine de la liste des pays en développement.

Le candidat égyptien, Hamid Mamdouh, a appelé Washington à venir régler « les tensions commerciales » avec Pékin au sein de l’OMC. « L’OMC devrait faire partie de la solution et non du problème », a-t-il dit.

La Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala a également exhorté les États-Unis à ne pas quitter l’OMC, soulignant que « c’est grâce aux règles multilatérales dans le commerce que nous avons eu la prospérité et pu sortir des millions de personnes de la pauvreté ». Se disant « fière » que le continent africain ait présenté trois prétendants, elle s’est dite certaine que l’Afrique soutiendrait sa candidature.

Le continent, qui n’a jamais eu de représentant à la tête de l’OMC, espère avoir ses chances, mais il n’existe pas de règles sur la nationalité du chef de l’organisation.

Consensus souhaité

Les autres prétendants, parmi lesquels l’ancienne ministre kényane des Sports Amina Mohamed et l’ancien ministre britannique du Commerce international Liam Fox, seront entendus au cours des deux prochains jours. Tous disposeront ensuite de quelques semaines — jusqu’au 7 septembre — pour courtiser les capitales, avant que les États ne trouvent un consensus pour désigner le successeur du Brésilien Roberto Azevedo.

Ce dernier a annoncé à la surprise générale mi-mai qu’il quitterait ses fonctions fin août, un an avant la fin de son mandat, pour des « raisons familiales ».

Après son départ, un des directeurs adjoints de l’OMC dirigera l’organisation en attendant que le successeur du Brésilien soit désigné.

À compter du 8 septembre, les candidats seront éliminés au fur et à mesure selon un mécanisme consensuel qui peut durer environ deux mois.

Trois autres candidats sont en lice : la ministre du Commerce de Corée du Sud, Yoo Myung-hee, l’ancien ministre saoudien de l’Économie Mohammed Al-Tuwaijri et l’ancien chef de la diplomatie moldave Tudor Ulianovschi.

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