Desjardins se lance dans les services immobiliers

<p>Le président et chef de la direction du groupe coopératif financier, Guy Cormier, a expliqué dans un communiqué que cette acquisition viendrait s’ajouter à l’«offre concurrentielle» de Desjardins en matière de financement hypothécaire.</p>
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Le président et chef de la direction du groupe coopératif financier, Guy Cormier, a expliqué dans un communiqué que cette acquisition viendrait s’ajouter à l’«offre concurrentielle» de Desjardins en matière de financement hypothécaire.

En achetant DuProprio et sa contrepartie anglophone, le Mouvement Desjardins estime répondre à un besoin exprimé par ses membres plutôt que rivaliser avec des courtiers immobiliers, avec qui il fait affaire depuis de nombreuses années.

L’acquisition d’environ 60,5 millions de dollars, annoncée mercredi, permettra au groupe financier coopératif de mieux diriger sa clientèle qui cherche à vendre ou à acheter une maison — vers l’option avec un courtier ou sans intermédiaire — a fait valoir le président et chef de Desjardins, Guy Cormier.

« On ne fait pas cela pour [obtenir] une hypothèque de plus, a-t-il lancé, au cours d’une conférence téléphonique. Ce n’est pas notre métier d’acheter et de vendre des propriétés. »

En plus de l’enseigne DuProprio, Desjardins met la main sur les activités canadiennes de courtage de la société britannique Purplebricks, anciennement appelée Comfree, qui est présente en Ontario, au Manitoba et en Alberta. Ces deux marques comptent quelque 500 employés, dont 300 au Québec.

DuProprio repasse ainsi sous le contrôle d’intérêts québécois, environ deux ans après avoir été cédée par Pages jaunes pour 51 millions de dollars, dans le cadre d’un recentrage de ses activités. C’est Desjardins qui, dans le cadre de son plan stratégique visant à étendre l’empreinte de ses activités, a entrepris en septembre les discussions avec Purplebricks.

Alors que la marque DuProprio estime être associée à environ 20 % des transactions immobilières et dit proposer plus de 20 000 propriétés à vendre sur son site Web, une firme de courtage est impliquée dans 80 % des cas, a rappelé M. Cormier. Il y a de la place pour tout le monde dans le marché, a-t-il estimé.

« On travaille avec [les courtiers] depuis des décennies, a-t-il affirmé, lorsqu’il a été interrogé sur les effets de l’acquisition de DuProprio sur les relations d’affaires entre la coopérative et les courtiers. On vient de [renouveler des ententes] avec différentes [enseignes] immobilières. Je ne crois pas que nous sommes une menace. »

Interrogé quant à savoir si la transaction pouvait donner l’impression d’une apparence de conflit d’intérêts qui pourrait favoriser Desjardins, par exemple dans le cas où un client de DuProprio voudrait effectuer un refinancement hypothécaire — un service offert par la coopérative —, M. Cormier a répondu que des règles encadraient les façons de faire.

Un retour salué

Dans son plus récent rapport annuel, Desjardins affirme être le « leader » du crédit hypothécaire au Québec, avec une part de marché estimée à 38 %.

DuProprio a également obtenu gain de cause, il y a quelques semaines, dans deux dossiers impliquant l’Organisme d’autorégulation du courtage immobilier du Québec (OACIQ) et l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ). Dans le litige concernant l’Organisme, le tribunal a tranché que l’entreprise n’était pas assujettie à la Loi sur le courtage immobilier.

Mercredi après-midi, l’OACIQ et l’APCIQ n’avaient pas commenté la transaction impliquant DuProprio.

Desjardins dit avoir l’intention de laisser en place les équipes de direction de Purplebricks Canada et de DuProprio. Cette dernière a vu le jour en 1997 à Lévis, où se trouve déjà le siège social de la coopérative.

« Nous sommes un service qui a été créé par et pour les Québécois, afin d’offrir une alternative innovante pour tous ceux et celles qui désirent vendre leur propriété sans intermédiaire », a souligné le président et chef de la direction de DuProprio, Marco Dodier, dans un communiqué où il a également salué le retour de la marque sous contrôle québécois.

Selon les données fournies par Purplebricks, les activités cédées à Desjardins ont affiché une perte d’exploitation ajustée de 4,8 millions $ pour la période de 10 mois terminée le 30 avril 2019. Cela est essentiellement attribuable à des dépenses de marketing visant à mousser la marque Purplebricks en Ontario, au Manitoba et en Alberta.

Abstraction faite de ces éléments, DuProprio et Purplebricks Canada constituent des activités « profitables », a expliqué le vice-président, croissance, acquisition et développement de Desjardins, Martin Brunelle.

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