Profiter de l’occasion créée par la pandémie pour verdir l’économie

Une usine de transformation d’énergie solaire au Japon
Photo: Charly Triballeau Agence France-Presse Une usine de transformation d’énergie solaire au Japon

De nouvelles voix pressent les gouvernements et les entreprises de profiter de l’occasion offerte par la pandémie de coronavirus pour s’engager plus résolument en faveur d’une relance économique mieux en accord avec la nature afin de sauver des vies, créer des emplois et produire plus de richesse au Canada comme ailleurs dans le monde.

Le respect par le Canada de ses promesses de réductions de gaz à effet de serre (GES) pourrait sauver plus de 100 000 vies et créer 1,3 million de nouveaux emplois durables entre 2030 et 2050, conclut un rapport dévoilé mardi par une coalition de 17 associations de professionnels de la santé québécois et canadiens.

« À ce moment précis, nous avons la possibilité de construire un Canada, un Québec, meilleur, plus sain et plus prospère », a résumé l’un de leur porte-parole, le p.-d.g. de l’Association canadienne et québécoise des médecins pour l’environnement (ACQME), Robin Edger.

Pour le moment bien improbable, l’atteinte par le Canada de la neutralité carbone pour 2050 contribuerait à freiner l’augmentation des événements météorologiques extrêmes, des vagues de chaleurs, de la pollution atmosphérique et de leur cortège de maladies cardiovasculaires et respiratoires, d’asthme, de diabète, de cancers, d’apparition d’insectes vecteurs de maladies et d’autres problèmes de santé mentale et physique.

À terme, la seule amélioration de la qualité de l’air permettrait d’éviter de 5700 et 11 100 morts prématurées par an, pour un total de plus de 112 000 vies sauvées entre 2030 et 2050, et des économies en coûts de santé de 30 à 100 milliards par année.

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Bon pour l’économie

L’économie ne s’en porterait pas plus mal, le total d’emplois au Canada passant, dans l’intervalle, de l’équivalent de 19,5 millions à 23,6 millions, dont 1,3 million de plus dans les secteurs économiques « propres », soit 500 000 de mieux que si la tendance actuelle se maintenait.

Mais pour ce faire, il ne faudrait pas seulement doubler, comme prévu, les investissements faits dans l’économie propre (de 22 milliards en 2020 à 44 milliards en 2050), mais les quadrupler (à 91 milliards), estime l’ACQME.

On met aussi de l’avant 25 recommandations, allant de l’établissement d’un cadre législatif explicite de décarbonisation de l’économie à l’expansion des espaces verts, en passant par l’atteinte du zéro émission de GES d’ici 10 ans pour la production d’électricité et le transport en commun et d’ici 2050 pour les véhicules routiers et les immeubles.

400 millions d’emplois

Cet appel des professionnels de la santé au Canada en faveur d’une relance verte de l’économie s’ajoute à plusieurs autres sorties du même genre, ces dernières semaines, notamment des Nations unies et du Fonds monétaire international.

Le Forum économique de Davos devrait y joindre également sa voix, ce mercredi, avec un rapport faisant miroiter, pour sa part, la création de près de 400 millions d’emplois d’ici 2030 et pour plus de 10 000 milliards $US d’occasions d’affaires supplémentaires dans le monde si les gouvernements et les entreprises profitent des nécessaires mesures de relance économique pour se montrer enfin plus à l’écoute des limites et des possibilités de la nature.

Les humains ne pourront pas, par exemple, continuer d’appauvrir les sols et de contribuer au dérèglement du climat en tirant 75 % de leur nourriture de seulement 12 espèces végétales et cinq espèces animales, alors qu’on connaît des substituts végétaux qui requièrent 99 % de moins d’eau, 97 % de moins de terre et émettent 96 % de moins de GES que la production de bœuf, ou que des « technologies d’agriculture de précision » existent et permettraient une amélioration des rendements de 40 % et du retour sur investissement de 10 %.

« Nous devons utiliser la crise provoquée par la pandémie de coronavirus comme une occasion de réinitialiser la relation de l’humanité avec la nature », résume le président du Costa Rica, Carlos Alavarado Quesada, cité dans un communiqué.

« Les entreprises ont un rôle essentiel à jouer dans la gestion environnementale de notre planète », y note le secrétaire général adjoint de l’ONU, Inger Andderson.

« Elles disposent de la technologie, de l’innovation et du financement nécessaires pour opérer les changements dont nous avons besoin ».