Les Canadiens n’ont pas tourné le dos au comptant

Au moment de l’enquête, les retraits moyens aux guichets automatiques s’élevaient à 195$ contre 140$ en 2017, mais, signe des temps, le montant des retraits au comptoir a, quant à lui, fondu de moitié en trois ans, d’une moyenne de 289$ à seulement 141$.
Photo: Michael Monnier Le Devoir Au moment de l’enquête, les retraits moyens aux guichets automatiques s’élevaient à 195$ contre 140$ en 2017, mais, signe des temps, le montant des retraits au comptoir a, quant à lui, fondu de moitié en trois ans, d’une moyenne de 289$ à seulement 141$.

Les Canadiens n’ont pas tourné le dos à l’argent comptant en dépit de la peur de la COVID-19.

La quantité d’argent comptant en circulation dans l’économie canadienne n’a pas diminué avec l’apparition de la pandémie du nouveau coronavirus. Au contraire, rapporte une étude de la Banque du Canada dévoilée la semaine dernière, elle s’est plutôt « accrue considérablement », en mars et en avril dernier, « tant en dollars absolus qu’en pourcentage comparativement à ce qui a été observé par le passé ».

Cette augmentation découle vraisemblablement de la prudence des institutions financières, qui ont augmenté leurs réserves de billets en cas de perturbation dans leur approvisionnement, ainsi que de la diminution des dépôts de billets des détaillants, mais pas seulement, dit l’étude. Les consommateurs avaient aussi notamment plus d’argent comptant sur eux, leur portefeuille contenant une somme médiane de 85 $, contre 70 $ un an auparavant. Au moment de l’enquête, les retraits moyens aux guichets automatiques s’élevaient à 195 $ contre 140 $ en 2017, mais, signe des temps, le montant des retraits au comptoir a, quant à lui, fondu de moitié en trois ans, d’une moyenne de 289 $ à seulement 141 $.

La peur de l’argent comptant

Ces tendances devraient aider à rassurer la banque centrale canadienne. Dès le début de la pandémie, elle n’a pas caché sa crainte de voir la peur de certains détaillants et consommateurs d’une transmission du virus par les billets de banque « créer des difficultés injustifiées aux personnes qui dépendent de l’argent comptant pour faire leurs achats ». La semaine dernière encore, le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, lançait à son tour le même appel à « tous les commerçants pour qu’ils ne pénalisent pas » injustement ces citoyens, tout en rappelant qu’il fallait, autant que possible, « continuer de privilégier les modes de paiement électronique sans contact ».

85 $
C’est la somme médiane que gardaient dans leur portefeuille les Canadiens durant la pandémie selon l’étude de la Banque du Canada, contre 70 $ l’année dernière.

La veille, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) avait noté que, bien que « certaines études aient démontré que les billets de banque peuvent être contaminés par des micro-organismes pathogènes, dont des virus, […] il n’y a pas eu de cas documenté de transmission du [SRAS-CoV-2] à travers l’échange de monnaie, de cartes de crédit et de billets de banque ».

Or, si 35 % des répondants à un sondage Ipsos, réalisé du 3 au 22 avril auprès de 4000 Canadiens pour le compte de la Banque du Canada, ont indiqué moins se servir de l’argent comptant en réaction à la COVID-19, seulement 12 % rapportent s’être déjà vu refuser par un commerçant de régler leurs achats en espèces et presque la moitié (42 %) dit ne pas avoir vu ou entendu parler de commerces où l’on refuse l’argent comptant.

Tendance lourde

Ce qui ne veut pas dire que la transition vers les modes de paiement électronique n’est pas solidement engagée, 36 % des Canadiens rapportant avoir utilisé de l’argent comptant au cours de la semaine précédant l’enquête, soit presque autant que le taux d’utilisation des virements Interac (38 %), mais moins que celui des cartes de débit (52 %) et des cartes de crédit (62 %). Les applications mobiles (8 %) et les cartes prépayées (11 %) se révèlent plus marginales. La proportion de répondants disant ne détenir aucun argent comptant a bondi, quant à elle, de 20 %, en 2019, à 28 %, cette année.

À voir en vidéo