La stratégie du Cirque irrite ses créanciers

Les propriétaires actuels du Cirque proposent d’injecter 300 millions, notamment grâce au prêt de 200 millions offert par Investissement Québec.
Photo: Cirque du Soleil Les propriétaires actuels du Cirque proposent d’injecter 300 millions, notamment grâce au prêt de 200 millions offert par Investissement Québec.

Irrités par l’approche du Cirque du Soleil dans sa stratégie de relance, ses créanciers ont l’intention de s’opposer à la convention d’achat intervenue entre l’entreprise de divertissement et ses actionnaires actuels, qui, à leur avis, est « vouée à l’échec ».

Un groupe formé de 13 institutions, dont la firme torontoise Catalyst Capital Group, qui détient la dette garantie d’environ 1 milliard $US de la société, estime plutôt que c’est sa proposition qui devrait être privilégiée. Celle-ci ne prévoit pas le besoin d’un soutien financier de l’État québécois et maintiendrait le siège social du Cirque à Montréal.

« En aucun temps les [prêteurs] ne vont consentir à la transaction proposée dans laquelle les créanciers garantis seraient payés en deçà du montant total de la dette qui leur est due », font-ils valoir dans une requête déposée auprès de la Cour supérieure du Québec plus tôt cette semaine. Le document a été rédigé après que le Cirque, qui est privé de revenus depuis la mi-mars en raison de la pandémie de COVID-19, a annoncé, lundi, sa décision de se tourner vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, une décision qui a notamment entraîné 3480 licenciements.

De l’avis des prêteurs, la proposition des propriétaires actuels — le fonds texan TPG Capital, la firme chinoise Fosun et la Caisse de dépôt et placement du Québec — ne devrait pas être considérée comme le point de départ pour les enchères. C’est ce qu’ils feront notamment valoir lors de la prochaine audience prévue le 10 juillet. Les créanciers désirent plutôt avoir une chance de négocier directement avec les conseillers mandatés par l’entreprise.

« Nous ne comprenons pas pourquoi le [Cirque] n’a pas voulu s’engager dans la négociation d’un accord définitif avec notre groupe en optant pour une entente avec ses actionnaires en sachant que les créanciers garantis l’avaient déjà rejetée », a fait valoir William Hardie, directeur général de la firme Houlihan Lokey, qui conseille les créanciers, dans une déclaration envoyée vendredi par courriel.

Nous ne comprenons pas

 

Puisque sa restructuration est désormais supervisée par les tribunaux, le Cirque n’a pas voulu commenter les arguments soulevés par ses créanciers.

Propositions différentes

Les propriétaires actuels du Cirque proposent d’injecter 300 millions, notamment grâce au prêt de 200 millions offert par Investissement Québec. En échange d’une restructuration de la dette, les créanciers obtiendraient 45 % du Cirque ainsi qu’une dette non garantie de 50 millions, alors que les propriétaires actuels se partageraient les 55 % restants. Ils mettront sur pied deux fonds totalisant 20 millions pour épauler les travailleurs du Cirque et payer les pigistes qui attendent toujours.

« L’offre valorise la compagnie à environ 420 millions, ce qui représente moins de la moitié de ce qui doit être payé aux créanciers de premier rang », souligne-t-on dans la requête.

Selon des informations évoquées par divers médias, les créanciers auraient déjà proposé, le mois dernier, de convertir la dette garantie en actions pour mettre la main sur la totalité du Cirque, ce qui aurait écarté les actionnaires actuels. Le document déposé auprès de la Cour supérieure souligne que les prêteurs étaient prêts à bonifier leur mise en injectant 375 millions d’argent frais, par rapport à 300 millions initialement prévus.

« La convention intervenue avec les actionnaires semble être le résultat d’un processus injuste comportant plusieurs failles et dans lequel la compagnie et ses fiduciaires ont favorisé les intérêts de leurs actionnaires », fait valoir la requête, qui allègue que les créanciers ont appris seulement 24 heures à l’avance les intentions du Cirque de faire appel aux tribunaux.

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