Les provinces n’auront pas besoin du fédéral, estime Moody’s

La détérioration à court terme de la situation fiscale du Canada sera prononcée. Mais, à moyen terme, le profil de la dette souveraine du Canada affichera sa résilience.
Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse  La détérioration à court terme de la situation fiscale du Canada sera prononcée. Mais, à moyen terme, le profil de la dette souveraine du Canada affichera sa résilience.

Le stress causé par la pandémie sur les finances publiques des gouvernements provinciaux est plutôt ressenti. Mais ceux-ci devraient s’en sortir sans une aide de dernier recours d’Ottawa, soutient Moody’s.

Poursuivant sa lecture de l’état de santé des finances publiques au Canada, l’agence de notation Moody’s a étendu, jeudi, son regard sur les entités du secteur public. À l’échelle provinciale,elle conclut à la robustesse du profil général de crédit des différents gouvernements. L’agence ne prévoit pas que les gouvernements provinciaux connaîtront un stress financier qui nécessitera un soutien extraordinaire d’Ottawa, continuant à bénéficier d’un accès aux marchés à des taux d’intérêt historiquement bas. Sans compter l’action directe de la Banque du Canada sur les marchés.

Moody’s ajoute que les récents financement des provinces se sont réalisés avec un écart de 74 à 94 points de base au-dessus des obligations du Canada, un écart à peine plus large que celui mesuré avant la pandémie.

Ce qui n’empêchera pas les provinces pétrolières de devoir conjuguer avec la faiblesse persistante des cours. Le ralentissement économique provoqué par la pandémie maintient la pression baissière sur la demande pétrolière. S’y greffent la faiblesse des investissements et la surcapacité dans le marché.

Ce sera plus tendu à l’échelle municipale. Si les villes reposent, pour la plupart, sur des réserves, ces coussins doivent être essentiellement utilisés à des usages précis et non à servir de mécanisme de stabilisation fiscale, ajoute Moody’s. Ce faisant, les municipalités vont devoir s’en remettre à une combinaison comprenant les réserves, la réduction des dépenses courantes, le report des dépenses d’investissement non essentielles et les transferts venant des ordres gouvernementaux supérieurs.

Du côté universitaire, Moody’s estime que le financement gouvernemental des universités devrait demeurer tel que planifié, ce qui n’empêchera pas l’application de mesures de réduction de coûts, davantage là où les étudiants étrangers comptent pour une part plus importante des revenus.

Les pressions plus fortes se feront sentir sur le crédit des agences de transport en commun, aux prises avec un déclin de leurs revenus. Aussi, le recours au télétravail pourrait entraîner une baisse à plus long terme de l’utilisation du transport en commun, souligne Moody’s.

Dans sa lecture plus globale publiée le 21 avril, Moody’s évoquait la résilience. Le Canada, qui reçoit la note triple A (stable), va se remettre du double choc de la crise sanitaire et de l’effondrement des cours pétroliers. Le profil de sa dette souveraine saura se montrer résilient, écrivait-elle. Et malgré une augmentation prévue de quelque 20 points de pourcentage du ratio dette/PIB, « la forte réponse fiscale et financière va permettre de limiter les dommages », avançait-elle.

La détérioration à court terme de la situation fiscale du Canada sera prononcée. Mais, à moyen terme, le profil de la dette souveraine du Canada affichera sa résilience, l’agence de notation tablant sur un rétablissement et une consolidation fiscale.

Fitch est moins ouverte

Cette lecture contraste avec celle de l’agence Fitch, qui a retiré, le mois dernier, son triple A au Canada. Elle a abaissé la note de crédit à « AA + », évoquant ce qu’elle a appelé « la détérioration des finances publiques du Canada » en raison de la pandémie. Le coronavirus et la baisse des prix du pétrole « provoqueront une grave récession » au Canada cette année, avait expliqué Fitch, qui estimait également que les perspectives de croissance à moyen terme du Canada sont limitées et inférieures à celles de bon nombre de ses pairs.

Contrairement à Moody’s, Fitch a indiqué que les dépenses fédérales pourraient devoir augmenter davantage pour aider les provinces à court de liquidités.

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