Le Fonds de solidarité FTQ affiche un rendement de 0,8% pour l’année

La pandémie de COVID-19 a pesé sur la performance du Fonds de solidarité FTQ en plus d’avoir incité de nombreux actionnaires à exiger le rachat de leurs actions.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La pandémie de COVID-19 a pesé sur la performance du Fonds de solidarité FTQ en plus d’avoir incité de nombreux actionnaires à exiger le rachat de leurs actions.

Le Fonds de solidarité FTQ a connu un deuxième semestre difficile au rythme de l’évolution de la pandémie, ce qui ne l’a pas empêché de terminer son exercice avec un rendement positif. Cette crise, comme celle de 2008-2009, est venue démontrer la capacité de l’institution québécoise à déployer son capital tout en répondant cette fois à une hausse notoire des demandes de rachat.

« Ce fut un semestre de défis, renfermant un dernier trimestre plutôt difficile socialement, humainement, économiquement. Mais le Fonds est demeuré solide », résume Gaétan Morin, président et chef de la direction du Fonds de solidarité FTQ, dans une entrevue au Devoir.

L’institution a affiché un rendement de 0,8 % au terme de son exercice terminé le 31 mai dernier, contre 7,8 % un an plus tôt. La pandémie de COVID-19 a exercé tout son poids au deuxième semestre, forçant le fonds de travailleurs à inscrire un rendement négatif de 4,2 % au cours de ces six mois, contre une performance positive de 5,2 % au premier semestre. La valeur de l’action a donc reculé de 1,96 $ par rapport à décembre pour se fixer à 44,24 $. Elle est toutefois en hausse de 34 cents par rapport à la valeur au 5 juillet 2019.

« Nous sommes heureux de ce rendement dans les circonstances. Un rendement qui se compare avantageusement à celui des fonds équilibrés », a ajouté Gaétan Morin. « Sur cinq ans, nous faisons même deux fois mieux qu’un fonds équilibré. » Selon les chiffres de l’institution, le rendement annuel composé offert à l’actionnaire au 31 mai dernier, sans les crédits d’impôts, est de 0,8 % sur un an, de 5,3 % sur trois ans, de 5,9 % sur cinq ans et de 6,4 % sur dix ans.

Investissements records

Cet exercice a été marqué par un investissement record de 1,4 milliard dans les entreprises québécoises, soit 40 % de plus que l’enveloppe prévue, et ce, malgré un rachat d’actions atteignant les 3 milliards. « Nous avons travaillé sur deux fronts. Celui d’accompagner les entreprises du Québec et celui d’appuyer nos actionnaires. » Gaétan Morin a souligné que si l’institution s’attendait à des rachats accrus, elle a été surprise par la vitesse du mouvement. « Ce fut à l’image de la pandémie… Autrement, il fait partie de notre mission d’investir dans les entreprises québécoises avec l’argent des Québécois. Nous avons offert de bons rendements à l’actionnaire et nombre d’entre eux restaient avec nous, même s’ils étaient retraités. Ils retrouvent leur mise de fonds avec profit. »

Au bilan, l’actif net du Fonds revient donc à 13,8 milliards à la fin mai, contre 16,7 milliards au 30 novembre et 15,6 milliards au 31 mai 2019. Au cours de l’exercice qui vient de se terminer, l’effet des rachats a été atténué par l’émission de 961 millions de dollars en actions et par l’inscription d’un bénéfice net de 230 millions.

« Portefeuille mission »

Plus en détail, le « portefeuille mission » a tenu la comparaison dans cette crise sanitaire au choc sans précédent. Sylvain Paré, premier vice-président aux Finances, a indiqué que le portefeuille d’entreprises québécoises a affiché un rendement négatif de 0,1 % sur un an, de -5,4 % au deuxième semestre. La composante Titres privés de ce « portefeuille mission » a fait du 1,9 % sur un, du -3 % au deuxième semestre, mais le segment Titres cotés a connu un rendement négatif de 7,7 % sur un an. Cette dernière performance demeure toutefois comparable à celle des différents indices portant sur les titres de petite capitalisation, alors que les rendements négatifs ont été plus importants sur les titres à plus grande capitalisation, indique-t-il.

Le comportement de ce portefeuille lors du choc qui a mis 40 % de l’économie québécoise en pause a été à géométrie variable, selon les secteurs d’activité. L’agroalimentaire et les produits du bois, par exemple, ont fait face à une demande accrue alors que l’efficacité est revenue sur les chantiers de construction après la pause imposée par la pandémie, et que les secteurs du détail et du divertissement se sont engagés dans une transformation.

Or dans l’ensemble, cette crise sanitaire a démontré la capacité du Fonds de solidarité à déployer du capital. « Alors que beaucoup se retirent en temps difficile nous, nous occupons le terrain, comme ce fut le cas en 2008. Nous avons été créé pendant une crise. C’est notre mission d’être là, c’est dans notre ADN, et c’est pourquoi nous avons un crédit d’impôt », martèle Gaétan Morin. Et ces crises offrent des occasions d’affaires. « Nous comptons 125 nouveaux partenaires. » Au total, le Fonds se dit partenaire de 3329 entreprises s’appuyant sur 707 935 actionnaires.

Un actionnariat qui rajeunit. « Le Fonds a accueilli plus de 46 000 nouveaux actionnaires, dont 61 % ont moins de 40 ans et 18 % moins de 25 ans », peut-on lire dans le communiqué.

Et que faut-il entrevoir pour l’exercice en cours ? « Une question difficile à répondre. Nous naviguons dans le brouillard, nous demandant s’il y aura une deuxième vague et, si oui, quels seront son ampleur et son effet sur l’économie. » Gaétan Morin ose espérer que si deuxième vague il y a, son importance sera moindre. Qu’elle sera moins dramatique socialement et économiquement. Il table sur un scénario de reprise en U, avec un retour à un niveau pré-pandémie pas avant 2022.

Le Fonds devra également conjuguer avec un niveau d’endettement accru des ménages réduisant la prévisibilité des rachats et des souscriptions d’actions. « Je ne pense pas que nous allons annoncer une fin des souscriptions » à des actions par versement ponctuel à la fin de novembre, comme ce fut le cas l’an dernier, lance Gaétan Morin.