La relance économique par l’énergie renouvelable

Chaque million de dollars américains investi dans les énergies renouvelables créerait trois fois plus d’emplois que la même somme investie dans les combustibles fossiles.
Photo: Boris Horvat Agence France-Presse Chaque million de dollars américains investi dans les énergies renouvelables créerait trois fois plus d’emplois que la même somme investie dans les combustibles fossiles.

Dans son rapport de quelque 150 pagespublié mercredi, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA, en anglais) veut faire la démonstration qu’une relance post-COVID axée sur la transition, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables ne s’oppose pas à l’urgence d’une reprise économique rapide aux retombées immédiates.

À court terme, le fait de doubler les investissements annuels de transition sur l’horizon 2021-2023 pourrait multiplier les investissements du secteur privé par un facteur 3 ou 4, dit le rapport. Et conduire à un ajout de 1 point de pourcentage à la croissance du PIB tout en créant 5,5 millions d’emplois supplémentaires. À moyen terme, l’augmentation des dépenses énergétiques publiques et privées à hauteur de 4500 milliards $US par an permettrait de stimuler l’économie mondiale de 1,3 point supplémentaire, avec la création de 19 millions d’emplois additionnels dans la transition énergétique d’ici 2030. « Chaque million de dollars américains investi dans les énergies renouvelables créerait trois fois plus d’emplois que la même somme investie dans les combustibles fossiles », écrit l’organisation intergouvernementale, qui compte 161 pays membres.

Le moment est d’autant plus propice que les innovations technologiques, les économies d’échelle, un meilleur savoir-faire et des coûts de financement plutôt bas ont rendu la production d’énergies renouvelables concurrentielle. En 2019, 56 % de la nouvelle production industrielle de ces énergies avait un coût inférieur à l’électricité qu’aurait produite n’importe quel carburant fossile, y compris le moins cher de tous : le charbon, précisait l’Agence au début du mois.

Chaque million de dollars américains investi dans les énergies renouvelables créerait trois fois plus d’emplois que la même somme investie dans les combustibles fossiles

Beaucoup reste à faire

Un enthousiasme qu’est toutefois venu refroidir le réseau d’experts REN21 dans un rapport publié plus tôt en juin. Le développement des énergies renouvelables dans la production d’électricité est incontestable, mais avant la pause causée par la pandémie, la demande énergétique dans le monde n’a cessé d’augmenter.

« La part des énergies renouvelables dans la demande totale d’énergie finale a très faiblement progressé, de 9,6 % en 2013 à 11 % en 2018 […] Les énergies renouvelables se sont certes fait une place dans le secteur de l’électricité (avec une part de 26 %), mais restent encore marginales dans la production de chaleur et de froid (10 %) et, plus encore, dans les transports (3 %) », écrivait REN21.

Dans une présentation récente devant le CORIM, le président du Conseil mondial de l’énergie, Jean-Marie Dauger, rappelait que les hydrocarbures « couvrent encore près des deux tiers des besoins à l’horizon 2040, voire 2050 ».

D’autant que toute transition s’insère dans un processus plus global appelant à une réforme des prix des combustibles fossiles, au retrait des actifs liés à ces derniers et à la mise en place de financements verts, de plans de sauvetage et de politiques de soutien.

Or, l’Organisation de coopération et de développement économiques et l’Agence internationale de l’énergie nous rappelaient que le soutien direct et indirect à la production d’énergies fossiles était en hausse de 38 % en 2019 dans 44 économies avancées et émergentes.

« Dans 77 pays étudiés, le soutien public à la production, mais aussi à la consommation, d’énergies fossiles a pour sa part atteint un total de 478 milliards $US en 2019. Le montant est cette fois en recul de 18 % par rapport à 2018, mais c’est en raison d’une baisse des cours du pétrole », ont-elles ajouté.

Reste la tarification. En octobre dernier, le Fonds monétaire international réitérait que « la taxe carbone est l’instrument le plus puissant et le plus efficient » dans la lutte contre les changements climatiques. Mais à un prix qui se doit d’être incitatif. Seulement une cinquantaine de pays ont mis en place une forme ou l’autre de tarification, pour un prix mondial moyen du carbone équivalant à 2 $US la tonne. Or, pour rester sur la trajectoire d’un réchauffement de la planète sous les 2 °C, cette moyenne mondiale devrait être d’au moins 75 $US la tonne, disait le FMI.

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