Le FMI prévoit une récession mondiale plus sévère que ce qui était prévu

<p>La prévision de récession de 4,9% cette année est bien pire que les 3% anticipés en avril en plein cœur de la pandémie, quand le FMI soulignait déjà qu’il s’agissait de la pire crise depuis la Grande Dépression des années 30.</p>
Photo: Eugene Hoshiko Associated Press

La prévision de récession de 4,9% cette année est bien pire que les 3% anticipés en avril en plein cœur de la pandémie, quand le FMI soulignait déjà qu’il s’agissait de la pire crise depuis la Grande Dépression des années 30.

Plus de 12 000 milliards de dollars de perte cumulée pour l’économie mondiale en 2020 et 2021 à cause de la pandémie de COVID-19. Cette « crise pas comme les autres » est bien pire que prévu et la reprise sera plus lente que ce qui était espéré, a prévenu mercredi le Fonds monétaire international.

Gita Gopinath, son économiste en chef, a dévoilé une prévision de récession de 4,9 % cette année. C’est bien pire que la récession de 3 % anticipée en avril en plein cœur de la pandémie, quand le FMI soulignait déjà qu’il s’agissait de la pire crise depuis la Grande Dépression des années 1930. Et pour certains pays, notamment en Europe, la contraction du PIB est vertigineuse : –12,5 % pour la France, –12,8 % pour l’Espagne et l’Italie.

« Un degré élevé d’incertitude entoure » ces prévisions, reconnaît Mme Gopinath alors que l’épidémie n’est pas terminée et que des foyers resurgissent là où elle semblait endiguée, comme en Allemagne où les autorités ont annoncé mardi des reconfinements locaux.

À ce jour, la pandémie de COVID-19 a fait plus de 477 500 morts dans le monde.

Pour l’heure, aucun pays n’échappe au pessimisme ambiant, à commencer par la Chine, d’où est parti, fin 2019, le virus mortel. L’institution de Washington ne voit désormais que 1 % de croissance, loin des 6,1 % réalisés en 2019 et qui constituaient déjà un plus bas historique du fait de la guerre commerciale avec Washington.

La crise sanitaire va porter un coup encore plus fort aux États-Unis, dépourvus de filet de sécurité sociale et malgré les gigantesques plans d’aide du gouvernement. Le PIB de la première puissance du monde va ainsi s’effondrer de 8 %, contre l’estimation de 5,9 % en avril. La reprise en 2021 sera, elle, moins soutenue (+4,5 %).

Pour le Canada, le FMI prévoit une contraction de 8,4 % cette année et une reprise de 4,9 % en 2021.

Partout ailleurs dans le monde, des chiffres catastrophiques : –10,2 % pour les pays de la zone euro et le Royaume-Uni, –9,4 % dans la région de l’Amérique latine et des Caraïbes, –8 % en Afrique du Sud, –5,8 % au Japon, –4,7 % au Moyen-Orient et en Asie centrale, ou encore –4,5 % en Inde.

Dans son rapport, le Fonds prend acte du fait que la pandémie « a eu un impact plus négatif sur l’activité au premier semestre 2020 que prévu ». En outre, prévient-il, « la reprise devrait être plus progressive que prévu ». En 2021, la croissance mondiale devrait ainsi atteindre 5,4 % (–0,4 %).

Ce sont environ 6,5 points de pourcentage en moins que dans les projections de janvier avant la propagation du virus dans le monde.

Pire ou meilleur ?

Le FMI est particulièrement inquiet de l’impact négatif sur les ménages à faibles revenus, qui « met en péril les progrès significatifs accomplis dans la réduction de l’extrême pauvreté dans le monde depuis les années 1990 ».

Pour autant, comme pour les projections publiées en avril, « il y a un degré d’incertitude plus élevé que d’habitude autour de cette prévision », observe le FMI. In fine, cela pourrait se révéler pire ou meilleur.

Meilleur s’il y a par exemple la découverte d’un vaccin et s’il y a des aides gouvernementales supplémentaires qui accéléreront la reprise. Au contraire, « de nouvelles vagues d’infections peuvent freiner » la reprise « et resserrer rapidement les conditions financières, provoquant un surendettement », a résumé Gita Gopinath.

Dans les économies où les taux d’infection diminuent, la reprise est actuellement plus longue en raison de la persistance de la distanciation physique au second semestre.

Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse Gita Gopinath, économiste en chef du FMI

De plus, la reprise est « inégale », souligne Gita Gopinath. Certains secteurs, comme les ventes au détail, rebondissent. D’autres, comme les secteurs des services « à forte intensité de contacts, tels l’hôtellerie, les voyages et le tourisme, restent déprimés », constate-t-elle.

Les pays fortement tributaires de ces secteurs seront « probablement profondément affectés pendant une période prolongée », souligne l’économiste.

Pour les économies luttant encore pour endiguer la pandémie, les mesures de confinement continuent de peser.

Par ailleurs, la possibilité de « résultats alternatifs » ne s’explique pas seulement par l’évolution de la pandémie » , constate le FMI. » En effet, l’ampleur du récent rebond des marchés financiers soulève des questions, tant elle semble « déconnectée » des changements dans les perspectives économiques.

Enfin, au-delà de la pandémie, d’autres risques compromettent l’économie mondiale, souligne le FMI, citant « l’escalade des tensions entre les États-Unis et la Chine », « l’effilochage des relations entre l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et la coalition des producteurs de pétrole », ou encore « les troubles sociaux ».

À voir en vidéo