Québec prêt à discuter de la cible de réduction de la dette

La pandémie va faire grimper les emprunts du Québec à 50,4% de son PIB.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La pandémie va faire grimper les emprunts du Québec à 50,4% de son PIB.

La pandémie pèse si lourdement sur les finances publiques que Québec envisage un débat public cet automne autour de la cible phare de réduction de la dette adoptée en 2006, lorsque le gouvernement a institué le Fonds des générations pour diminuer le poids global de ses emprunts à 45 % par rapport à la taille de l’économie, a indiqué lundi le ministre des Finances.

Cet objectif a été atteint en 2019-2020, mais les dépenses de plusieurs milliards découlant de la pandémie feront grimper ce chiffre à 50,4 % à la fin du mois de mars 2021, selon la mise à jour économique publiée il y a trois jours. « À l’automne, lorsqu’on va montrer le sentier de cinq ans [pour revenir à l’équilibre budgétaire], nous allons tous constater que ça va être très difficile d’atteindre cette cible », a dit Eric Girard lors d’une conférence organisée par l’Association des économistes du Québec et le Cercle de la finance du Québec.

« Donc, il est possible que nous devions modifier cette loi et cette cible. On va donner les chiffres, on va montrer le sentier, et nous allons avoir la discussion. On va l’avoir en Chambre, à la Chaire en fiscalité de l’Université de Sherbrooke, dans les restaurants à Québec, à RDI Économie… On va discuter de la pertinence de garder ces cibles étant donné l’évolution de la dette et de l’économie », a-t-il poursuivi en guise de réponse à une question de l’animateur, le fiscaliste Luc Godbout.

Le Québec inscrira un déficit budgétaire de 14,9 milliards en 2020-2021, mais utilisera sa réserve de stabilisation pour se conformer à la Loi sur l’équilibre budgétaire. Si l’on ne tient pas compte des 2,6 milliards versés au Fonds des générations, le déficit atteint 12,4 milliards. Le gouvernement Legault prévoit un retour à l’équilibre sur cinq ans qui ne reposera ni sur une hausse d’impôt ni sur l’érosion des services publics, a-t-il répété vendredi lors de la publication d’une mise à jour économique.

Objectif de 2006

Le ministre Girard n’a donné aucun indice par rapport aux conclusions précises qui pourraient découler d’une grande discussion autour des cibles de diminution du poids de la dette du Québec. Selon la Loi sur la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations, adoptée au début de 2006, l’objectif était de faire en sorte que la dette brute représente 45 % du produit intérieur brut d’ici le 31 mars 2026. La Loi prévoit aussi une deuxième cible : que la dette représentant les déficits cumulés soit de 17 % en mars 2026.

Même à 50 % du PIB, le poids de la dette brute du Québec demeure inférieur à ce qu’il était dans la foulée de la crise financière de 2008-2009 et du niveau qu’il affichait encore il y a trois ans, a précisé le gouvernement vendredi.

Le versement de sommes régulières dans le Fonds des générations, géré par la Caisse de dépôt et placement et financé notamment par de redevances d’Hydro-Québec, consiste à viser des rendements supérieurs au coût des nouveaux emprunts du gouvernement. Aux yeux des agences de notation, l’opération est l’équivalent d’un remboursement sur la dette, un facteur dont elles tiennent compte dans l’évaluation du crédit du gouvernement et de ses perspectives.

Le gouvernement a versé 2,6 milliards au Fonds des générations en 2019-2020 et prévoit un versement semblable cette année. Dans le milieu syndical, on s’est interrogé vendredi sur l’absolue nécessité d’y contribuer ces temps-ci, selon l’argument qu’une telle somme pourrait très bien être consacrée à la stimulation économique et au renforcement des services publics.

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