L’action de Bombardier s’enfonce sous 1$

Le cockpit du Global 7500 de Bombardier. Au 31 mars dernier, son carnet de commandes pour les avions d’affaires était en baisse de 6% par rapport à 2019.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le cockpit du Global 7500 de Bombardier. Au 31 mars dernier, son carnet de commandes pour les avions d’affaires était en baisse de 6% par rapport à 2019.

L’action de Bombardier s’est enfoncée loin sous le 1 $ lundi. Ce qui fut jadis un géant du transport et de l’aéronautique ne composera plus l’indice de référence S&P / TSX.

L’action classe B de Bombardier a clôturé la séance de lundi à 46 ¢, en baisse de 11,5 % par rapport à la fermeture de vendredi.

Au terme de sa revue trimestrielle, le concepteur d’indice S& PDow Jones Indices a souligné en fin de journée vendredi que l’action de l’entreprise sera retirée de l’indice S&P 60 et de celui, plus vaste, du S&P / TSX à compter du 22 juin. S’échangeant désormais dans la catégorie de « penny stock » (valeur à moins de 1 $), l’entreprise ne répond plus aux critères d’admissibilité aux indices boursiers de référence, basés notamment sur la liquidité et la capitalisation.

Nouvelles compressions

La pandémie aura donc ajouté à la déconvenue boursière de Bombardier, dont l’action se maintient sous le 1 $ depuis la fin de février.

À 46 ¢, elle affiche un repli de 76 % depuis le début de l’année. À son sommet des cinq dernières années atteint au milieu de 2018, elle touchait les 5,41 $.

« Bombardier est et demeure un des plus grands joueurs industriels du Canada avec plus de 15 000 employés », a précisé Bombardier à La Presse canadienne, disant du même coup garder le cap sur sa transformation et sur la réduction de son fardeau d’endettement.

Faisant le pari d’un recentrage dans l’aviation d’affaires, Bombardier a dû annoncer de nouvelles compressions la semaine dernière après avoir prévenu que l’industrie verrait ses livraisons plonger d’environ 30 % par rapport à ce qui était prévu auparavant. Quelque 2500 postes devront être retranchés d’ici la fin de l’année, dont 1500 au Québec.

11,5%
C’est la baisse de l’action classe B de Bombardier à la clôture de la séance de lundi, par rapport à la fermeture de vendredi.

« Il est fort regrettable de devoir recourir à ces réductions. Cependant, nous avons atteint le maximum de notre capacité de maintenir nos niveaux d’emploi d’avant la crise de la COVID-19, écrivait le président de la division Aviation de Bombardier, David Coleal, dans une note interne à l’intention du personnel.

Bombardier Aviation compte 22 000 employés dans le monde, dont 10 000 au Québec. Au 31 mars dernier, son carnet de commandes pour les avions d’affaires était de 13,6 milliards, en baisse de 6 % par rapport à 2019.

Fusion : coup d’envoi

Dans la foulée, Bombardier demeure engagé dans le processus de vente de sa division transport. Alstom a signifié la semaine dernière son projet de rachat de Bombardier Transport pour quelque 9,2 milliards à la Commission européenne, gardienne de la concurrence en Europe, a indiqué un porte-parole du constructeur ferroviaire français. « Cela donne vraiment le coup d’envoi de la procédure », a-t-il expliqué à l’AFP vendredi, précisant que les termes de l’accord restaient inchangés.

Alstom avait signé en février un protocole d’accord avec Bombardier et la Caisse de dépôt et placement du Québec. La Caisse, qui détient actuellement 32,5 % de Bombardier Transport, doit devenir, au terme de l’opération, le premier actionnaire d’Alstom avec environ 18 % du capital. Elle doit réinvestir dans Alstom l’intégralité du produit net de la cession de sa participation dans Bombardier Transport et investir 700 millions d’euros supplémentaires dans le groupe.

« Les discussions avec l’Europe se passent bien, et nous avons d’ores et déjà sécurisé le financement », avait remarqué le p.-d.g. d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, lors de la présentation des résultats du groupe français le 12 mai. La finalisation de la transaction est attendue au premier semestre 2021, si les autorités de la concurrence ne lui mettent pas des bâtons dans les roues.

Selon son site Internet, la Commission européenne a jusqu’au 16 juillet pour un premier examen de l’affaire. Si elle craint une incidence néfaste du projet pour la concurrence, elle peut lancer une enquête plus approfondie (qui dure en gros quatre mois) avant de se prononcer définitivement. Pour tenter de l’amadouer, les entreprises peuvent proposer des concessions destinées à laisser de la place à leurs rivaux, en cédant des activités par exemple.

Bruxelles avait mis son veto en février 2019 à un projet de reprise d’Alstom par le groupe allemand Siemens, craignant une position trop dominante en Europe dans la signalisation ferroviaire et les trains à grande vitesse. Mais la puissance du mastodonte chinois CRRC peut jouer d’influence. Avec un chiffre d’affaires cumulé de plus de 15 milliards d’euros et un carnet de commandes dépassant les 75 milliards, un mariage Alstom-Bombardier doit créer un groupe puissant, capable d’affronter CRRC.

 

Avec l’Agence France-Presse

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