Les importations chinoises rapportent plus qu’elles ne coûtent

L’incidence des importations de la Chine sur le portefeuille des Canadiens s’est particulièrement fait sentir sur le prix de produits comme les vêtements, les chaussures et les meubles.
Photo: John Macdougall Agence France-Presse L’incidence des importations de la Chine sur le portefeuille des Canadiens s’est particulièrement fait sentir sur le prix de produits comme les vêtements, les chaussures et les meubles.

La pression à la baisse exercée sur les prix par les importations chinoises a beaucoup plus que compensé le coût économique des emplois qu’elles ont fait perdre dans le secteur manufacturier au Canada, conclut une étude commandée par Ottawa.

Surnommée « l’effet Wal-Mart », l’augmentation au Canada de la vente de biens moins chers en provenance de la Chine de 2001 à 2011 a mené à une augmentation moyenne de 2,1 % par année plutôt que de 2,2 % du prix de l’ensemble des biens et services au pays, a calculé le Centre d’étude des niveaux de vie, à Ottawa, dans une étude dévoilée mardi et réalisée pour le compte du ministère canadien des Affaires étrangères. Ce tout petit écart qui, après dix ans, s’est traduit par une augmentation cumulée du prix des biens de consommation de 17,6 % plutôt que de 20 %, a néanmoins valu aux consommateurs canadiens des économies totales de 8,74 milliards de dollars. Or, ce gain économique se compare plus qu’avantageusement avec le coût infligé par la perte, au même moment, de 113 500 emplois du secteur manufacturier qu’une autre étude des mêmes chercheurs avait attribué à la Chine et qui avait été estimé à 1,1 milliard.

Ne représentant que 3,2 % de l’ensemble des importations au Canada en 2000, la Chine était rendue à 11 %, seulement dix ans plus tard, et à 12,6 % en 2017.

L’incidence de ces importations chinoises sur le portefeuille des Canadiens s’est particulièrement fait sentir sur le prix de produits comme les ordinateurs, les appareils électroniques, les vêtements, les chaussures et les meubles, constate l’étude qui serait la première au Canada à dresser ce bilan. Dans le cas de l’informatique, par exemple, les importations chinoises, de même que la pression concurrentielle qu’elles exerçaient sur les autres, ont non seulement freiné la progression des prix, mais ont contribué pour plus du tiers à leur baisse de 15 %.

Gains diffus, pertes concentrées

Des recherches dans d’autres pays ont conclu que ces économies avaient profité autant aux ménages les plus riches qu’aux plus modestes, explique l’auteur de l’étude. Il se peut toutefois qu’elles leur aient été largement imperceptibles puisqu’elles étaient équivalentes, en moyenne, à 55 $ par année ou à 546 $ pour toute la période étudiée.

À l’inverse, l’influence de la Chine s’est faite beaucoup plus concrète pour les 113 500 travailleurs qui perdaient leurs emplois au même moment dans le secteur manufacturier.

Comme leur salaire moyen était d’environ 43 000 $ par année et qu’il leur fallait une douzaine de semaines, en moyenne, pour se retrouver un autre emploi, leurs pertes étaient d’un peu moins de 10 000 $ par personne. Or, exprimées autrement, les retombées positives des importations chinoises pour l’ensemble des consommateurs étaient équivalentes à près de 77 000 $ par emplois perdus.

L’étude en conclut que les retombées économiques au Canada du commerce avec la Chine ont largement dépassé ses répercussions négatives, mais aussi qu’on aurait eu les moyens d’aider et d’indemniser plus généreusement ses victimes.

Pour en finir avec « l’hyperglobalisation »

La secrétaire générale adjointe de la Conférence des Nations unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), Isabelle Durant, avait un tout autre son de cloche à offrir, mardi, lors d’une visioconférence organisée par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). Selon elle, la crise provoquée par la pandémie de coronavirus « a mis en évidence que le modèle de l’hyperglobalisation, où 40 % de la production manufacturière mondiale est concentrée dans une seule région du monde, pose un problème de dépendance grave ». On se rend aujourd’hui compte, a-t-elle dit, qu’avec ses longues chaînes de valeur qui profitent si peu à ses nombreux participants et où tout est censé se faire « juste à temps », « le système est terriblement vulnérable ».

Exception faite des biens médicaux et alimentaires essentiels, l’ancienne vice-première ministre belge met toutefois en garde contre ces dirigeants de pays développés qui voudraient maintenant fermer leurs frontières au nom de la défense de la souveraineté industrielle.

« C’est un peu facile de parler de production locale et de circuits courts, lorsqu’on a profité du commerce international pour se donner tout le confort dont on dispose. Faire croire que ça irait mieux si tout était sous notre contrôle, c’est trop simple. Ce n’est pas comme cela que ça marche. »

L’option régionale

Plutôt que d’essayer de se joindre coûte que coûte aux grandes chaînes de valeur mondiales dirigées depuis les États-Unis, la Chine ou l’Europe, les pays en développement devraient constituer des zones commerciales régionales mieux adaptées à leur réalité et laissant plus de place aux entreprises locales, a expliqué Isabelle Durant en entretien au Devoir.

À terme, la seule façon de pouvoir compter sur des règles plus équitables et de ne pas être pris en sandwich dans la lutte de titans que se livrent les États-Unis et la Chine serait de passer par un forum multilatéral comme l’Organisation mondiale du commerce. Mais voilà, l’OMC fait face à de nombreux défis, dont l’échec des négociations qui étaient censées y faire une meilleure place au pays en développement, l’hostilité ouverte de la Maison-Blanche et le départ prématuré de son directeur général.

« Ce ne sera pas facile, répète Isabelle Durant. Tout ne se réglera pas naturellement par une opération du Saint-Esprit, ou plutôt par une opération de la COVID-19. »

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