Une récession mondiale pire que prévu

Devenu un foyer de la contamination, le Brésil, particulièrement touché, pourrait voir disparaître 8% de son économie.
Photo: Michael Dantas Agence France-Presse Devenu un foyer de la contamination, le Brésil, particulièrement touché, pourrait voir disparaître 8% de son économie.

On a déjà prédit que la pandémie de coronavirus allait plonger l’économie mondiale dans sa plus forte récession depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais ce sera encore pire qu’on le pensait, estime la Banque mondiale.

Contrairement à ce qu’annonçait le Fonds monétaire international (FMI) dans ses plus récentes prévisions à la mi-avril, l’économie mondiale ne basculera pas d’une croissance de 2,9 %, l’an dernier, à un recul de 3 %, cette année, faisant du « Grand Confinement » la pire crise économique de l’après-guerre, a prévenu, lundi, l’autre institution de Bretton Woods. Non, la dégringolade économique sera encore plus marquée, à 5,2 %. Et si l’on est encore à des lieues des ravages de la Grande Dépression des années 1930, on n’aura quand même jamais vu une telle proportion de l’ensemble des économies de la planète (90 %) accuser un recul de leur richesse par habitant en même temps.

« La crise due à la pandémie de COVID-19 est exceptionnelle à de nombreux égards, a déclaré dans un communiqué le directeur de l’équipe chargée de l’analyse des perspectives économiques à la Banque mondiale, Ayhan Kose. Elle s’annonce comme la plus grave récession enregistrée dans les économies avancées depuis la Seconde Guerre mondiale, tandis que les économies émergentes et en développement devraient connaître la première contraction de leur production en soixante ans. »

Du côté des économies avancées, on s’attend ainsi désormais à une contraction de 7 % cette année, à raison notamment d’un repli de 6,1 % aux États-Unis et au Japon, et de 9,1 % dans la zone euro, prédit l’institution, qui ne s’arrête pas à d’autres économies développées en particulier parce qu’elle s’intéresse surtout aux pays émergents et en développement.

À ces derniers, elle prédit, à -2,5 %, un repli économique deux fois plus sévère que ne le projetait en avril le FMI (-1 %). Les pays les plus durement touchés, explique la Banque mondiale, sont ceux où l’épidémie a été la plus grave et ceux qui dépendent le plus du commerce mondial, du tourisme, des exportations de produits de base et du financement extérieur. Devenu un foyer de la contamination, le Brésil pourrait voir disparaître ainsi 8 % de son économie. Le Mexique (-7,5 %) et la Russie (-6 %) accuseront durement le coup également. La croissance économique chinoise pourrait quant à elle fondre de 6,1 %, l’an dernier, à seulement 1 %, cette année, soit « de loin sa plus faible expansion enregistrée en plus de 40 ans ». L’Afrique subsaharienne subira de son côté « une récession sans précédent » avec une contraction économique de 2,8 %.

Plus d’extrêmement pauvres

« Ces perspectives sont d’autant plus alarmantes que la crise risque de laisser des séquelles durables et de donner lieu à des difficultés planétaires majeures », a fait valoir Ceyla Pazarbasioglu, vice-présidente à la division croissance équitable, finance et institutions de la Banque mondiale. L’une de ces conséquences, a-t-elle expliqué, sera vraisemblablement de faire basculer de 70 à 100 millions de personnes de plus dans la pauvreté extrême, que la Banque fixe à un revenu inférieur à 1,90 $US par jour.

Si l’on parvient à contrôler suffisamment bien la progression de la pandémie pour que les pays riches puissent entreprendre leur déconfinement dans les prochains jours, suivis, un peu plus tard, par les économies en développement, on peut y espérer un modeste rebond de la croissance mondiale, de respectivement 3,9 % et 4,6 % en 2021.

L’art difficile de la prédiction

Les experts ont malheureusement tendance, lors des récessions, à sous-estimer l’ampleur de la chute qui attend les économies, rappelle la Banque mondiale. Signe de l’extrême degré d’incertitude qui règne ces temps-ci, une analyse de leur travail depuis 1990 montre également que leurs prévisions n’ont jamais été aussi éloignées les unes des autres que ces jours-ci.

Il suffirait, explique la Banque mondiale, que la pandémie soit plus longue qu’anticipé, que les marchés financiers commencent à se gripper ou qu’on assiste à une nouvelle escalade des tensions commerciales pour qu’un scénario plus pessimiste se réalise. Ainsi, la chute de la croissance mondiale pourrait rapidement ne pas être de 5,2 %, mais de 8 % cette année, et la reprise, l’an prochain, se limiter à un maigre 1 % au lieu des 4,2 % espérés.

Il est donc important de gagner la bataille contre la COVID-19, dit la Banque mondiale, mais aussi de s’occuper de ceux qui risquent d’en subir le plus les répercussions sanitaires et économiques, notamment les travailleurs des secteurs informels dans les pays en développement qui n’ont souvent accès ni à des soins publics de santé ni à un filet social.

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