Une occasion sans précédent de verdir l’économie mondiale

Dans 77 pays étudiés, le soutien public à la production ainsi qu'à la consommation d’énergies fossiles atteint un total de 478 milliards de dollars en 2019.
Photo: J Pat Carter Getty Images Agence France-Presse Dans 77 pays étudiés, le soutien public à la production ainsi qu'à la consommation d’énergies fossiles atteint un total de 478 milliards de dollars en 2019.

Les plans de relance pour se relever de la pandémie de coronavirus offrent une occasion unique de verdir massivement l’économie mondiale afin d’éviter une crise climatique, estiment vendredi plusieurs banquiers centraux.

« À moins que nous agissions maintenant, la crise climatique sera le scénario privilégié de demain et contrairement à la COVID-19, personne ne pourra s’isoler pour l’éviter », selon cette tribune publiée dans le quotidien britannique The Guardian. Ce texte est signé par le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, celui de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, le membre de la banque centrale néerlandaise Frank Elderson et l’envoyé spécial de l’ONU pour le climat, Mark Carney (et prédécesseur de M. Bailey).

Ces hauts responsables estiment que la crise du coronavirus « offre la chance d’une vie » pour rebâtir l’économie, de manière à lutter contre le changement climatique. Ils saluent les mesures de soutien massives mises en place pour amortir le choc de la crise sanitaire et éviter une récession trop profonde. Mais il est nécessaire de penser au-delà de la pandémie, préviennent-ils, alors même que les pays dans le monde sont loin, selon eux, de respecter les accords de Paris sur le climat, qui visent à limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C.

Utiliser l’argent public pour subventionner les énergies fossiles est inefficace et ces aides aggravent les émissions de gaz à effet de serre et la pollution de l’air 

Les signataires de cette tribune estiment qu’agir tout de suite permettra d’éviter des ajustements brutaux ultérieurs et appellent le monde économique et financier à s’adapter. Ils plaident pour des plans de relance dont l’argent serait destiné en grande partie à la transition énergétique, à l’investissement dans les renouvelables ou encore dans les bâtiments plus « propres ». Cela permettrait « d’aller vers une transition ordonnée et de créer des emplois pour accompagner la reprise », selon eux.

Plusieurs banques centrales ont déjà lancé le Réseau pour verdir le système financier (Network for Greening the Financial System, NGFS), dont M. Elderson est le président. Parmi les membres du NGFS figurent la Banque centrale européenne (BCE), la Banque de France, la Bundesbank, les banques centrales d’Angleterre, du Canada, du Luxembourg, de Malaisie, ou encore l’Autorité des services financiers de Dubaï. En revanche, la Banque centrale américaine semble hésitante et n’a toujours pas décidé si elle allait rejoindre le mouvement.

La Banque d’Angleterre va organiser prochainement des tests de « résistance climatique », dont l’objectif sera d’évaluer la capacité du secteur financier à faire face aux conséquences du réchauffement planétaire. Les premiers résultats sont attendus en 2021.

Subvention au fossile

Dans la foulée, le soutien à la production d’énergies fossiles a fortement progressé l’an dernier, ont déploré vendredi l’OCDE et l’AIE, en appelant les gouvernements à profiter des plans de relance post-COVID pour éliminer ce type d’aides.

Les données font état d’une « hausse de 38 % du soutien direct et indirect en faveur de la production d’énergies fossiles dans 44 économies avancées et émergentes », selon l’Organisation de coopération et de développement économiques et l’Agence internationale de l’énergie (AIE). « C’est avec tristesse que je constate un relâchement des efforts visant à éliminer progressivement le soutien aux énergies fossiles. Cette hausse des subventions à la production semble devoir se poursuive en 2020, certains pays prévoyant d’aider ce secteur et les activités connexes », a regretté Angel Gurría, secrétaire général de l’OCDE, cité dans un communiqué.

« Utiliser l’argent public pour subventionner les énergies fossiles est inefficace et ces aides aggravent les émissions de gaz à effet de serre et la pollution de l’air », a-t-il ajouté. Depuis longtemps, l’OCDE estime que ce type de subventions pour le pétrole, le gaz ou le charbon pourraient aussi être bien mieux utilisées et bénéficier à tous, par exemple au profit des systèmes de santé.

Dans 77 pays étudiés, le soutien public à la production, mais aussi à la consommation d’énergies fossiles, a pour sa part atteint un total de 478 milliards de dollars en 2019. Le chiffre est cette fois en recul de 18 % par rapport à 2018, mais c’est en raison d’une baisse des cours du pétrole : les pouvoirs publics ont donc dû dépenser moins pour subventionner la consommation.

L’OCDE et l’AIE, deux organisations basées à Paris et qui conseillent essentiellement des pays considérés comme développés, soulignent que la crise et les plans de relance économique post-COVID 19 sont l’occasion de changer la donne. « Le faible niveau de prix des énergies fossiles aujourd’hui offre aux pays une occasion en or d’éliminer progressivement les subventions à la consommation », estime Fatih Birol, directeur général de l’AIE.

« À l’heure où les pouvoirs publics cherchent à doper l’emploi et à préparer un avenir meilleur et plus résilient, il est essentiel d’éviter les distorsions du marché qui favorisent les technologies polluantes et inefficaces », ajoute-t-il.

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