Bombardier réduit encore ses effectifs

Bombardier n’a pas divulgué dans quelles installations auront lieu les licenciements, se limitant à dire que les coupes, dont la moitié est prévue dès les prochaines semaines, auront lieu à la fois dans la fabrication et l’administration. Sur la photo, un avion Global 6000, dont la finition intérieure est effectuée à Dorval.
Johannes Eisele Agence France-Presse Bombardier n’a pas divulgué dans quelles installations auront lieu les licenciements, se limitant à dire que les coupes, dont la moitié est prévue dès les prochaines semaines, auront lieu à la fois dans la fabrication et l’administration. Sur la photo, un avion Global 6000, dont la finition intérieure est effectuée à Dorval.

Entre les enjeux de distanciation sociale et les coûts de ces appareils, quelle sera la demande pour les avions d’affaires une fois la crise terminée ? Bombardier espère qu’elle reviendra, mais un mois après avoir prévenu que l’industrie verrait ses livraisons plonger d’environ 30 % par rapport à ce qui était prévu auparavant, la compagnie croit qu’il faut supprimer 2500 postes d’ici la fin de l’année pour s’ajuster à la nouvelle réalité du marché. Le gouvernement du Québec n’exclut pas une nouvelle aide, accompagnée toutefois de conditions concernant le maintien d’emplois et les salaires des dirigeants.

Des 2500 emplois, 1500 sont situés au Québec, où la compagnie assemble ses Challenger et fait la finition intérieure des luxueux Global. Bombardier n’a pas divulgué dans quelles installations auront lieu les licenciements, se limitant à dire que les coupes, dont la moitié est prévue dès les prochaines semaines, auront lieu à la fois dans la fabrication et l’administration. Pour le reste, 400 mises à pied sont prévues en Ontario, lieu d’assemblage des Global, comparativement à 500 au Mexique et à une quarantaine aux États-Unis.

« Il est fort regrettable de devoir recourir à ces réductions. Cependant, nous avons atteint le maximum de notre capacité de maintenir nos niveaux d’emploi d’avant la crise de la COVID-19 », a écrit le président de la division Aviation de Bombardier, David Coleal, dans une note interne à l’intention du personnel. Bombardier Aviation compte 22 000 employés dans le monde, dont 10 000 au Québec.

Bombardier a suspendu ses activités manufacturières au début de la pandémie pour ensuite les reprendre de manière graduelle. « Maintenant, avec la baisse prévue des livraisons d’avions d’affaires dans l’ensemble de l’industrie d’environ 30 % sur 12 mois en raison de la pandémie », a indiqué l’entreprise dans son communiqué officiel, il faut « ajuster les activités et les effectifs pour s’assurer d’émerger de la crise actuelle sur de solides bases ». Aux employés, M. Coleal a mentionné que « si le marché s’améliore, nous évaluerons les mesures pour réintégrer nos collègues ».

 
2500
C’est le nombre de postes que Bombardier compte supprimer d’ici à la fin de l’année pour s’ajuster à la nouvelle réalité du marché.

Nouvelle aide

De passage à Sherbrooke, le premier ministre François Legault n’a pas fermé la porte à une nouvelle aide à l’entreprise, profitant d’une question de la presse pour critiquer le montage financier du Parti libéral en 2015. À l’époque, il avait été convenu d’injecter 1 milliard $US dans le programme C Series, et non dans la société mère comme telle. Il n’y avait « pas de garanties », a-t-il affirmé, ni sur les emplois ni sur « les salaires et les primes » payés à la direction. « Si on devait investir, on s’assurerait de ne pas répéter cette erreur-là. »

Bombardier s’est qualifié pour la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC), qui couvre jusqu’à 847 $ par semaine par employé. Pour la compagnie, ce programme prend fin le 6 juin. Le syndicat des Machinistes accuse Bombardier de ne pas avoir tenté de renouveler son admissibilité pour aller au-delà de cette date et juge « incompréhensible » l’annonce des licenciements.

« Le 27 mai dernier, nous avons communiqué avec Bombardier pour l’inviter à formuler une nouvelle demande. On comprend que l’entreprise n’avait pas l’intention d’aller dans cette direction », selon le syndicat. « En date d’aujourd’hui, nous ne sommes pas certains que nous nous qualifions pour les phases suivantes », a répondu en entrevue un porte-parole, Mark Masluch.

Quelle demande ?

Au 31 mars dernier, le carnet de commandes de Bombardier pour les avions d’affaires était de 13,6 milliards, en baisse de 6 % par rapport à 2019. La compagnie a livré 26 appareils au cours des trois premiers mois de l’année, deux de plus qu’à la même période l’an dernier. Bombardier a indiqué vendredi que les licenciements s’accompagneront d’une charge de 40 millions dans ses livres de 2020.

« Le nerf de la guerre, ça va être les livraisons à court terme, car c’est ce qui va permettre les entrées de flux financiers. Dès que ça reprend, on pourra être optimistes pour la suite », a dit Yan Cimon, professeur de stratégie à l’Université Laval et directeur sortant du Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprises, la logistique et le transport. « Mais c’est sûr qu’en ce moment, ils n’ont pas le choix de revoir la géométrie de leurs opérations pour passer au travers. C’est vraiment malheureux, car c’est un secteur critique pour le Québec et le Canada. »

De manière générale, parmi les enjeux qui influenceront l’évolution du secteur figurent des questions de coût, de responsabilité sociale et environnementale des entreprises et des clients. « Il reste que ça va quand même demeurer un outil de choix pour un créneau du monde des affaires et d’individus fortunés », a dit M. Cimon.

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