Analyse: dure réalité fossile

La relance d’après-COVID interpelle les facteurs liés à la responsabilité sociale des entreprises et à l’environnement pour leur rôle accélérateur.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir La relance d’après-COVID interpelle les facteurs liés à la responsabilité sociale des entreprises et à l’environnement pour leur rôle accélérateur.

Il est dans la nature des crises de générer des commentaires initiaux évoquant l’avant et l’après-choc, pour ensuite se dissoudre dans le retour aux vieilles habitudes. Ainsi, aux yeux du groupe de réflexion Carbon Tracker, la COVID-19 viendrait accélérer le « déclin final » des énergies fossiles. L’avenir le dira, d’autant qu’une remontée du charbon est redoutée. Mais une chose est certaine. Le concept d’actif échoué est devenu une réalité incontournable.

Dans son rapport publié jeudi, Carbon Tracker base son analyse sur l’atteinte d’un pic de la demande pour l’industrie du pétrole et du charbon qu’est venue accélérer la pandémie, prélude à un déclin inexorable des énergies fossiles. Ce déclin est d’autant plus inévitable que la relance économique d’après-COVID interpelle les facteurs liés à la responsabilité sociale des entreprises et à l’environnement pour leur rôle accélérateur, reprenait Monique Leroux, qui préside le Conseil sur la stratégie industrielle, chargé de produire un diagnostic des répercussions de la pandémie.

S’y greffe un impératif bien ressenti par nombre d’États de s’engager plus à fond dans la transition énergétique, voire de viser la souveraineté énergétique, un objectif que l’abaissement des coûts des énergies renouvelables à des taux concurrentiels rend possible. En 2019, l’électricité d’origine renouvelable a représenté 72 % de la croissance du secteur électrique, selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables. L’an dernier, 56 % de la nouvelle production industrielle d’énergie renouvelable affichait un coût inférieur à l’électricité qu’aurait produite n’importe quel carburant fossile, y compris le moins cher de tous : le charbon, pouvait-on lire dans Le Devoir.

Le concept d’actif échoué demeure donc plus incarné que jamais. Carbon Tracker avance sur ce terrain. Les entreprises engagées dans les énergies fossiles représentent aujourd’hui un quart de la valorisation totale des marchés. Et « si la demande reculait de 2 % par an […] leurs profits futurs seraient amputés des deux tiers », selon le calcul de Carbon Tracker. Le groupe de réflexion de prévenir d’un krach imminent investisseurs et prêteurs qui persistent à demeurer sur la voie des énergies fossiles. « Il est temps de préparer une liquidation ordonnée des actifs fossiles et de gérer l’impact sur l’économie mondiale, plutôt que d’essayer de soutenir ce qui n’est pas soutenable », appelle le rapport.

Cet appel est d’autant plus criant qu’en 2019, rien dans la valeur boursière des compagnies les plus exposées aux calamités humaines, économiques et financières causées par les changements climatiques, ne reflète le danger plus grand qui pèse sur elles, déplorait vendredi le Fonds monétaire international.

Dans le secteur bancaire, les conclusions d’un sondage publié en mai par le Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier relevaient que 61 % des banques affirmaient ne pas évaluer les risques climatiques ou environnementaux dans leurs activités de financement.

Une lecture que faisait en janvier BlackRock, qui revendique 7000 milliards $US d’actifs sous gestion. « Plus tôt que prévu, il y aura une réaffectation importante du capital […] Les changements climatiques sont devenus un facteur déterminant dans les perspectives à long terme des entreprises […], un risque que les marchés ont jusqu’à présent été plutôt lents à refléter. »

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