La COVID-19, moteur d’acquisitions pour Saputo?

La compagnie Saputo croit que la pandémie pourrait lui permettre d’avaler certains de ses concurrents n’ayant pas les reins assez solides pour survivre.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La compagnie Saputo croit que la pandémie pourrait lui permettre d’avaler certains de ses concurrents n’ayant pas les reins assez solides pour survivre.

S’il faudra vraisemblablement plus d’un an à Saputo pour absorber les effets de la COVID-19, le transformateur laitier croit que la pandémie pourrait lui permettre d’avaler certains de ses concurrents n’ayant pas les reins assez solides pour survivre.

Généralement, la multinationale établie à Montréal étudie simultanément entre trois et quatre possibilités d’acquisitions, a expliqué jeudi son président et chef de la direction, Lino Saputo fils, au cours d’une conférence téléphonique visant à discuter des résultats du quatrième trimestre.

« Il y a plus de dossiers car notre téléphone sonne », a-t-il lancé aux analystes.

Si Saputo peut effectuer certaines vérifications au préalable de façon virtuelle, son président a expliqué que les restrictions de voyage mises en place afin de limiter la propagation du nouveau coronavirus constituent un frein lorsqu’on entre dans la phase visant à finaliser une transaction.

Pour le moment, certaines des compagnies qui éprouvent des difficultés sont prêtes à se départir d’actifs qui ne sont pas toujours intéressants, mais cela pourrait changer si leur situation ne s’améliore pas, croit M. Saputo fils.

« Nous sommes dans une position fantastique pour rester sur les lignes de côté et attendre que la bonne occasion se présente », a-t-il dit, sans fournir d’échéancier.

Les acquisitions ont toujours été au cœur de la stratégie de croissance de Saputo, qui, pas plus tard que l’an dernier, a remis les pieds en Europe en allongeant 1,7 milliard $ CAN afin de mettre la main sur la société britannique Dairy Crest Group.

Saputo magasine actuellement en Europe, en Amérique du Nord, en Australie, en Amérique latine ainsi qu’en Nouvelle-Zélande — le seul marché où la société n’est actuellement pas présente physiquement. Au 31 mars, la compagnie disposait d’environ 320 millions $ en trésorerie et avait accès à des facilités de crédit de 2,8 milliards $.

Une fin plus difficile

Néanmoins, Saputo a terminé son plus récent exercice financier en affichant un recul de ses profits alors que la pandémie de COVID-19 a bousculé la demande à l’endroit de ses produits vers la fin du quatrième trimestre, où sa performance a raté la cible des analystes.

Même si le nouveau coronavirus a eu une incidence positive sur les bénéfices dans les services offerts aux détaillants, comme les chaînes d’alimentation, cela ne sera pas suffisant pour contrebalancer la baisse constatée du côté des services alimentaires et industriels, qui représentent habituellement 51 % de son chiffre d’affaires.

« Ce que nous observons, c’est qu’il faudra plus de quelques trimestres pour revenir à la normale », a expliqué M. Saputo fils, lorsqu’interrogé sur la prévision de l’entreprise à l’effet qu’il faudrait plus que 12 mois pour retrouver les niveaux de l’exercice qui vient de se terminer.

Au quatrième trimestre terminé le 31 mars, Saputo a vu son bénéfice net décliner d’environ 29 pour cent, à 88,7 millions $, ou 22 cents par action. L’entreprise a inscrit une charge de 44,8 millions $ en raison d’une perte attribuable à des stocks invendables ainsi qu’à une baisse de certains prix de vente sur le marché nord-américain.

Abstraction faite des éléments non récurrents, le profit ajusté du quatrième trimestre s’est établi à 116,5 millions $, ou 24 cents par action, en recul de 12,9 % par rapport à il y a un an. Les revenus ont progressé de 15 %, à 3,72 milliards $, notamment grâce à l’apport des acquisitions.

Les analystes anticipaient un bénéfice ajusté par action de 34 cents et un chiffre d’affaires de 3,5 milliards $, selon la firme de données financières Refinitiv.

« Avec raison, le ton adopté (par Saputo sur les perspectives) est prudent », a estimé l’analyste Irene Nattel, de RBC Marchés des capitaux, dans une note envoyée aux investisseurs. Elle souligne que l’impact de la COVID-19 a néanmoins été limité sur les revenus de la compagnie.

En ce qui a trait à l’exercice, les profits nets de Saputo ont décliné d’environ 23 %, à 582,8 millions $, tandis que les revenus ont grimpé de 11 % pour s’établir à 14,94 milliards $.

À la Bourse de Toronto, le titre de Saputo a clôturé à 33,12 $, en baisse de 2 %.

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