Les leçons de la pandémie selon Henry Mintzberg

C’est la solidité, l’équilibre et la complémentarité des pouvoirs publics, du marché et des différentes formes que prend la société civile qui font les démocraties les plus fortes, les plus saines et les plus prospères, estime l’expert en gestion.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir C’est la solidité, l’équilibre et la complémentarité des pouvoirs publics, du marché et des différentes formes que prend la société civile qui font les démocraties les plus fortes, les plus saines et les plus prospères, estime l’expert en gestion.

La pandémie de coronavirus changera le fonctionnement des organisations, mais peut-être pas tant que cela, observe le gourou de la gestion, Henry Mintzberg.

Le vénérable professeur de l’Université McGill avoue être tout aussi étonné qu’émerveillé par la rapidité et la facilité avec laquelle de nombreux milieux de travail se sont approprié les plateformes de vidéoconférence comme Zoom. « C’est fascinant comme cela peut-être performant », s’est-il exclamé jeudi justement lors d’une vidéoconférence organisée par l’association des diplômés de l’université montréalaise. « Et puis, le contact est d’une remarquable intimité. On ne s’est jamais regardés de si près. »

Défenseur de longue date d’une approche plus égalitaire et collaborative de la gestion des entreprises, il observe que ces vidéoconférences tendent, au moins visuellement, à placer ses participants sur le même pied. « Je m’amusais à penser à quoi cela aurait l’air si l’emplacement et la taille de leurs images reproduisaient l’organigramme des organisations. »

La démonstration qu’on est en train de faire de la convivialité et de l’efficacité du télétravail assurera son maintien, au moins partiel, après la pandémie. « Ce ne sont pas les patrons qui vont l’imposer, mais les employés qui vont le demander », dit l’expert en science de la gestion de réputation internationale qui, au fil de 50 ans de carrière, a cumulé une vingtaine d’ouvrages, près de 200 articles scientifiques et une multitude de prix et distinctions, dont une vingtaine de diplômes honorifiques à travers le monde.

Mais tout ne peut pas se faire à distance, dit-il. C’est encore autour d’une table de réunion et devant la machine à café que des choses importantes se passent. « Personne ne se croise par hasard sur Zoom. »

Pour les pays

Féroce pourfendeur des soi-disant « leaders conquérants » et omniscients que célèbrent trop souvent les manuels de gestions, l’expert admet que certains dirigeants politiques ont sans doute fait une différence dans la réponse des pays à la pandémie de COVID-19, pour le meilleur ou pour le pire. Mais pas autant que la capacité de ces pays de cultiver et d’approfondir le ménage à trois entre les pouvoirs publics, le marché et les différentes formes que prend la société civile et qu’il appelle le « secteur pluriel ».

Comme les trois pattes d’un tabouret, c’est la solidité, l’équilibre et la complémentarité de ces trois secteurs qui font les démocraties les plus fortes, les plus saines et les plus prospères, estime l’expert. Il en veut pour preuve les classements internationaux au sommet desquels apparaissent, notamment, les pays d’Europe du Nord, la Nouvelle-Zélande, l’Allemagne ou encore le Canada, mais où les États-Unis font piètre figure. Or, il n’est probablement pas un hasard, pense-t-il, si plusieurs de ces premiers de classe sont aussi ceux qui ont le mieux géré la pandémie jusqu’à présent.

« Bien sûr que cette crise requiert du leadership politique, répète Henry Mintzberg. Mais aucun dirigeant politique n’a été formé à faire face à un tel événement. Aussi, cela fait surtout appel à leur capacité de se mettre à l’écoute des experts et des gens sur le terrain et de se montrer réactifs. »

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